L’étude des OBNL: une discipline scientifique solide et légitime

Un résumé de l’article “A century of Nonprofit Studies: Scaling the knowledge of the field” (2018).

Bien qu’il est possible de retracer l’existence d’organisme philanthropique jusqu’au 17e siècle, ce n’est qu’à partir du début du 20e siècle que les chercheurs, autant en économie qu’en sociologie et en histoire, ont commencé à effectuer des recherches sur les organismes à but non lucratif. C’est cette production du savoir étalée de 1915 à 2015 qu’ont analysé les chercheurs Ji Ma et Sara Konrath dans leur article « A century of Nonprofit Studies: Scaling the knowledge of the field ».

L’article examine la production du savoir selon deux perspectives: la quantité d’activités savantes et la cohésion de la recherche. La première concerne par exemple le nombre d’articles scientifiques ou de chercheurs s’intéressant aux organismes à but non lucratif tandis que la deuxième vérifie si la littérature en question a formé plusieurs thèmes de recherche interconnectés qui peuvent distinguer ce domaine de recherche, en d’autres termes si une nouvelle discipline ou sous-discipline scientifique traitant de ces questions a pu se former. Le but étant de créer une « boussole académique » ou une « carte de la connaissance » pour les futurs chercheurs désirant travailler dans ce domaine de recherche.

Une cartographie scientifique

Pour arriver à leur objectif, qui est d’étudier toute la production scientifique écrite sur le domaine des études philanthropiques et à but non lucratif entre 1915 et 2015, les deux chercheurs utilisent l’analyse de réseau et la cartographie scientifique. Détaillons les deux méthodes : un réseau est un graphe composé de nœuds (ou sommets) et d’arêtes (ou de liens). Les nœuds représentent des entités d’analyse et les contours indiquent leurs relations (par exemple, un ami, un collègue, un diplômé de la même école, etc.). L’analyse de réseau peut être appliquée à différents domaines et est très intéressante pour étudier un niveau d’analyse spécifique — le niveau de réseau et un type de données spécifique — comme les données relationnelles (Carrington & Scott, 2011). La cartographie scientifique, elle, explique comment les disciplines, les domaines, les spécialités et les articles ou auteurs sont liés les uns aux autres. Les méthodes de recherche en cartographie scientifique comprennent généralement l’analyse de réseaux de co-auteurs, de réseaux de co-citations, de réseaux de couplage bibliographique et de réseaux de citations directes.

Plus concrètement, une des premières choses à faire pour effectuer une cartographie scientifique est d’identifier des revues scientifiques reliées au sujet étudié. Il faut ensuite trouver les articles scientifiques pertinents contenus dans ces revues et exclure les papiers non pertinents comme les éditoriaux et les notes de lecture. Grâce à ces trois étapes, les auteurs en arrivent à une collection de 12 016 notices bibliographiques de 19 revues publiées entre 1925-2015 dans le monde. Reste maintenant à les analyser.

Trois paradigmes

Les auteurs découvrent qu’avant les années 1970, très peu de recherches étaient effectuées dans le domaine des études philanthropiques et à but non lucratif. Avant 1972, The Annals of Public and Cooperative Economics étaient la seule revue dans ce domaine et ne produisaient qu’environ 30 articles par an en moyenne. En 1972-73, deux événements importants se produisent : le Journal of Voluntary Action Research (JVAR) devient la deuxième revue scientifique à se consacrer à ce domaine et la Commission sur la philanthropie privée et les besoins publics (Commission on Private Philanthropy and Public Needs) est organisée aux États-Unis et joue un rôle essentiel dans l’invention du concept de «secteur à but non lucratif». À partir de ce moment, la recherche, surtout américaine, ne fait qu’augmenter dans le secteur.

En utilisant la théorie des paradigmes scientifiques de Kuhn qui analysent l’institutionnalisation et la légitimation des théories scientifiques, les chercheurs en viennent à identifier trois phases dans le développement des études philanthropiques et à but non lucratif. La première phase, contenue entre les années 1920 et 1960, est la « période de pré-paradigme » (Pre-paradigm period). Celle-ci se caractérise par un faible intérêt pour le secteur. La deuxième phase qui regroupe les années 1970 et 1980 est la période de construction du paradigme (Paradigm-building period). C’est ici que les premières théories fondamentales du secteur à but non lucratif sont forgées. La troisième phase des années 1990 à aujourd’hui est la période de science normale (Normal science period). On y voit une croissance régulière et institutionnelle des activités savantes.

Un champ scientifique bien établi

Les chercheurs en viennent à la conclusion que ce champ scientifique n’est pas peu développé et subalterne par rapport à des sujets considérés parfois comme plus sérieux comme l’économie ou la psychologie. Au contraire, l’étude de la production du savoir dans le domaine des études philanthropiques et à but non lucratif prouve l’institutionnalisation de ce domaine scientifique, c’est-à-dire que ce sujet de recherche est devenu une science ou une discipline à part entière. En effet, les études du secteur à but non lucratif ont impliqué un grand nombre de chercheurs et ont généré une quantité considérable de littérature.

Les connaissances dans ce domaine se développent non seulement en quantité, mais aussi en cohésion. L’analyse du couplage bibliographique montre que les articles publiés partagent systématiquement certaines références, indiquant la formation de plusieurs thèmes principaux dans la base de connaissances. Les auteurs en viennent à la conclusion que les activités de recherche dans ce domaine sont en train de devenir de plus en plus stables.

Les défis à relever pour ce champ de recherche concernent cependant la concentration culturelle et géographique. Plus de 60 % des études sur les OBNL proviennent des États-Unis et moins de 5 % du Canada, par exemple. Il est urgent de déconcentrer la production scientifique pour en arriver à une meilleure représentation des particularités nationales et culturelles.

Pour finir, pour apprécier réellement toute la valeur et la justesse de cet article, nous recommandons à tous les lecteurs d’aller vérifier les nombreux tableaux d’analyse présentés à la fin de l’étude, il s’agit sans doute de la plus grande contribution de l’article : un travail méthodologique fiable et rigoureux.

Le CHUM, notre nouveau partenaire.

Notre partenariat avec le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est confirmé. La recherche débutera très bientôt. Consultez notre page méthodologie pour plus de détails sur notre démarche. Voici un extrait:

Le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est un hôpital universitaire qui « offre les meilleurs soins, spécialisés et surspécialisés, aux patients et à toute la population québécoise (.). Le CHUM a une vocation de soins, de recherche, d’enseignement, de promotion de la santé (.) » (Site web de l’organisation). Par ailleurs, le CHUM accueille annuellement environ un demi-million de patients.

Le bénévolat occupe une place prépondérante dans l’écosystème de l’organisation. De fait, le CHUM gère divers programmes d’implication bénévole, dont l’accueil et l’accompagnement, activité et loisirs ainsi qu’accompagnement et écoute au patient, ce dernier programme faisant l’objet du projet de recherche. Plus spécifiquement, nous visons à mieux comprendre l’expérience de bénévolat dans un environnement hospitalier en identifiant les défis pouvant découler d’une pratique d’accompagnement et d’écoute des patients du service d’oncologie, et ce, tant d’un point de vue des bénévoles que des gestionnaires.

L’objectif de cette recherche est donc de mieux comprendre les défis et les enjeux liés aux tâches d’accompagnement et d’écoute en ce qui a trait à la motivation personnelle, à la formation continue ou encore, aux liens avec les services professionnels (et rémunérés) du centre hospitalier. Nous cherchons aussi à explorer l’aspect « gestion » d’un tel programme, et ce, en regard du recrutement, de l’encadrement, de la rétention et de l’intégration des bénévoles.

La recherche vise ainsi à mieux comprendre comment les défis et les enjeux de la pratique bénévole s’inscrivent dans une dynamique relationnelle avec les patients et leurs familles, les professionnels de la santé ou tout autre groupe de personnes gravitant autour du programme d’accompagnement et d’écoute. Ultimement, nous espérons que ce projet permettra de développer des connaissances et des outils qui faciliteront une meilleure implication de l’action bénévole au CHUM. Cliquer ici pour le reste du texte.

Nous organisons un premier 5@7 du bénévolat !

Notre premier 5@7 du bénévolat aura lieu le jeudi 14 mars à L’Amère à Boire ! Nous aurons comme invité Lili-Anna Pereša, la Présidente et directrice du Centraide du Grand Montréal et membre de l’International Women’s Forum.

L’objectif de ces 5@7 est de discuter des enjeux du bénévolat de façon décontracté. Le thème de cette première édition: “la place des femmes dans le bénévolat au Québec”.

Écrivez-nous au volunteeringonthemove@uqam.ca pour vous inscrire. On vous attend ! Et c’est gratuit.

Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir

Par Stacey Caceus

J’ai l’impression d’avoir fait du bénévolat toute ma vie ! Dès ma petite enfance, que ce soit en famille ou à l’école, on m’a inculqué les valeurs de la générosité et du don de soi. Néanmoins, parmi toutes mes expériences de bénévolat, il y en a une qui reste gravée dans ma mémoire et dans mon cœur.

On m’avait souvent dit qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, mais je n’avais jamais compris le sens de cette phrase avant cette expérience. J’étais dans le comité de leadership d’un groupe pour jeune et nous avions comme objectif d’apprendre à nos adolescents l’importance d’être généreux et d’aimer en posant des actions concrètes envers les gens qui nous entourent. Je ne sais pas si vous vous rappelez votre adolescence, mais cette période d’émancipation, de quête identitaire et pour certain de résistance face aux autorités vient complexifier cet enseignement.

L’équipe dont je faisais partie se rencontrait chaque semaine pour mettre sur pied des initiatives communautaires pour que nos jeunes puissent expérimenter ce qu’est le bénévolat, le don de soi et la générosité. Je me souviens quand la planification était difficile, ou qu’on doutait de la réalisation de nos objectifs on se répétait que « si l’on veut que nos jeunes marchent nous ont doit courir, si l’on veut qu’ils courent nous on doit sprinter ». On s’est donc donné complètement pour ce projet et en bout de ligne, nous avons tellement reçu ! L’apprentissage n’était pas seulement pour notre groupe, mais pour nous même.


Je me souviens de parents qui venaient nous voir pour nous demander qu’est-ce qui se passait avec leur enfant, d’où venaient leur motivation et leur constance. Je me souviens de jeunes qui sont venus s’impliquer chaque jour de leur semaine de relâche dès 8h du matin, des jeunes qui devenaient sensibles à des causes comme l’itinérance, la monoparentalité, la maladie, les personnes à besoin spécifique et bien plus. Je crois qu’il n’y a rien de plus beau que de voir s’illuminer dans les yeux d’un adolescent un désir de faire la différence dans la vie des gens qui l’entourent et de comprendre que nous avons la capacité de changer notre monde une action à la fois.

L’événement qui m’a le plus marqué est un « Party d’été » que nous avions organisé pour des résidents d’un HLM. Nous voulions leur offrir une journée mémorable BBQ, numéros spéciaux, jeux gonflables, maquillage, kiosque de jeux… une vraie kermesse ! Vous comprenez que les finances restent toujours un enjeu dans le monde communautaire. Nous avons donc orchestré une panoplie d’activité de collecte de fonds et l’implication de nos jeunes étaient inspirante : des journées d’emballage dans les supermarchés, de la vente de nourriture, de l’investissement monétaire et plus encore. Ces adolescents se sont donnés corps et âme pour ramasser des fonds pour des familles qu’ils n’avaient encore jamais rencontrées et qui n’auraient jamais aucune idée de tous leurs sacrifices.

Le jour de l’activité, nous avons passé un moment merveilleux et je me souviens qu’une mère a dit à un de nos jeunes en pleurant que c’était un miracle, car elle se demandait le matin même comment elle allait nourrir ces enfants cette journée-là. Lorsqu’il a partagé sa discussion avec tout le groupe et plein d’autres témoignages de la journée, ils étaient tous tellement fiers et heureux. À la fin de l’année, nous avions un groupe de jeunes qui était plus mature, plus épanouie et si je peux me permettre beaucoup plus humain. Cette année-là, nous avons tous réalisé qu’il y a beaucoup plus de joie à donner qu’à recevoir.

Références pour aller plus loin :

Gagnon, É., & Fortin, A. (2002). L’espace et le temps de l’engagement bénévole : essai de définition. Nouvelles pratiques sociales, 15 (2), 66-76.

McAllum, K. (2014). Meanings of organizational volunteering: Diverse volunteer pathways. Management Communication Quarterly, 28 (1), 84–110

[Vidéo] Toutes les conférences prononcées lors de notre journée d’étude du 26 octobre 2018

Introduction de la chercheuse principale du projet Consuelo Vasquez et présentation du répertoire des nouvelles pratiques de bénévolat par la doctorante Sophie Del Fa.
Présentation du cahier de recherche « Portraits régionaux des bénévoles et du bénévolat » par la Directrice générale du Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ), Marilyne Fournier. 
François De Kerret de Simplyk, Virginie Delannoy de la Société Canadienne du Cancer et Catherine Laroche de J’aime MTL présentent leur organisme respectif.
Un résumé des table-rondes sur les thématiques reliées aux enjeux du bénévolat par les chercheuses du projet Kirstie McAllum, Consuelo Vasquez et Viviane Sergi. 

Quand la bureaucratie tue le bénévolat

Par Kirstie McAllum

Une des mes motivations premières à effectuer des recherches sur le changement dans les organisations sans but lucratif et sur le bénévolat est la prépondérance des barrières bureaucratiques empêchant les bénévoles de faire ce qu’ils sont venus faire. Les demandes pour des « bénévoles experts » suivant diverses formations me surprennent toujours.

Un exemple récent de ce phénomène est arrivé à un membre de ma famille en Nouvelle-Zélande qui a fait du bénévolat pour une organisation écologique pendant plusieurs années. Appelons-le Stephen. Stephen protège la flore et la faune indigènes au bénéfice des Néo-Zélandais en piégeant les prédateurs et en nettoyant les branches et les broussailles tombées sur des sentiers de randonnée dans les régions montagneuses et boisées. Dégager les sentiers nécessite souvent l’utilisation d’une scie à chaîne. L’organisation en question a insisté sur le fait que pour se conformer aux réglementations en matière de santé et de sécurité au travail, tous les bénévoles devaient obtenir un certificat attestant de leur capacité à manier une scie à chaîne de manière sécuritaire. Stephen ne voyait pas la nécessité d’un tel certificat: il utilisait une scie à chaîne depuis plusieurs années – à la maison, au travail et, plus surprenant encore, au sein de la même organisation qui souhaitait désormais obtenir sa certification.

Cependant, comme il était impossible de continuer à faire du bénévolat pour l’organisation écologique sans le certificat, il se sentit obligé de s’inscrire au programme de formation de quatre jours avec deux autres participants. Il n’apprécia pas le cours. Il y avait trop de règles et de réglementations qui rendraient éventuellement le bénévolat difficile, voire impossible : des règles sur les passagers transportés sur le site dans une camionnette, des règles sur les sifflets à utiliser si la personne utilisant la scie glissait et se frappait la tête, etc.

À la fin du cours, l’instructeur a fait passer un test aux participants pour vérifier que leurs connaissances en matière de « scie à chaîne » étaient à jour. Stephen a répondu aux nombreuses questions d’une manière qui, à son avis, combinait concision et précision. Il a par conséquent été renversé lorsque l’instructeur l’a informé que les trois participants avaient échoué à l’examen. Il avait échoué parce que leurs réponses n’utilisaient pas le même libellé que le manuel qui avait été distribué avec d’autres matériels pédagogiques au début du cours. Les participants, à présent assez contrariés, ont contacté le bureau national pour se plaindre de la façon dont les procédures les avaient empêchés de rester impliqués dans une activité de loisir qu’ils apprécient tous.

Quelques mois plus tard, un responsable du bureau national a rappelé et a procédé à un examen approfondi de quarante-cinq minutes au téléphone, intervenant de manière négative quand Stephen ne pouvait se souvenir de certains détails. Vers la fin de l’examen, le responsable a demandé une liste des douze dangers possibles pour la sécurité au travail à surveiller lors de l’utilisation d’une scie à chaîne. Stephen a rapidement décelé huit dangers potentiels, mais s’est arrêté une fois qu’il a atteint neuf ou dix.

Il ajouta en plaisantant qu’il serait très important de faire attention aux troupeaux de cerfs et même de cochons sauvages, car ceux-ci pouvaient causés beaucoup de grabuges. Après avoir convaincu le responsable que cela pouvait effectivement ce produire dans les hautes terres, il remarqua que son ton plutôt froid changea pour un intérêt sincère et il entendit son stylo gratter sur son bloc-notes à l’autre bout de la ligne.

Stephen a cessé d’aller aux réunions de l’organisation, car ne sont désormais abordées dans celle-ci que les réglementations et la manière dont elles pourraient être appliquées.

Quelques références sur la bureaucratisation et la professionnalisation du bénévolat
Ganesh, S., &McAllum, K. (2012). Volunteering and professionalization: Trends in tension?. Management Communication Quarterly, 26(1), 152-158.


McAllum, K. (2018). Volunteers as Boundary Workers: Negotiating Tensions Between Volunteerism and Professionalism in Nonprofit Organizations. Management Communication Quarterly, 00(0), 1‑31.


Kreutzer, K., & Jäger, U. (2011). Volunteering Versus Managerialism: Conflict Over Organizational Identity in Voluntary Associations. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 40(4), 634‑661.

Publication de notre cahier de recherche sur les nouvelles pratiques de bénévolat.

Nous tenons à vous partager la version finale de notre cahier de recherche « Répertoire des (nouvelles) pratiques de bénévolat ». 

« Le but de ce répertoire est donc de cerner les nouvelles pratiques bénévoles identifiées par des chercheurs anglophones et francophones depuis les années 2000 issues de plusieurs disciplines (gestion, éducation, management, sociologie, sciences politiques). Ensuite il s’agit d’en définir les enjeux et de tenter d’ouvrir des pistes de réflexion autour de la question suivante : comment organiser le bénévolat aujourd’hui ? »

Félicitations à l’auteure du rapport la doctorante en communication à l’UQAM, Sophie Del Fa, pour son travail acharné. Nous lui sommes tous très reconnaissants !

Cliquer ici pour consulter le répertoire

Le RABQ lance son rapport de recherche sur la perception du bénévolat par les Québécois

Le 5 décembre dernier le Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ) a lancé son rapport de recherche sur la perception du bénévolat par les Québécois.  Le rapport a été écrit à partir des résultats d’un sondage mené en janvier 2018 par la firme SOM auprès de 1000 québécois.  Comme son nom l’indique si bien, l’objectif principal du cahier de recherche est de vérifier et d’analyser la perception des Québécois et des Québécoises quant au bénévolat.

À la question, « Quel mot représente le mieux ce qu’est le bénévolat pour vous ? », 42 % des répondants désignent l’aide et l’entraide, 24 % le don et la générosité et seulement 2 % la recherche de satisfaction personnelle. Cette image positive du bénévolat, si elle est encourageante, dévoile toutefois certains décalages entre la réalité et la perception. Les répondants ont tendance à avoir une image romantique et héroïque du bénévolat, tandis que dans les faits l’action bénévole est assez modeste et motivée bien souvent par le plaisir personnel et l’intérêt. C’est du moins ce que le rapport dévoile.

Perception versus réalité

Le rapport permet d’identifier plusieurs écarts entre la perception du bénévolat et le grand public. Par exemple, quant aux secteurs d’activités privilégiés par les bénévoles, les répondants estiment que 52 % des bénévoles sont impliqués dans les services sociaux et 11 % dans la culture et le loisir, tandis que dans la réalité seulement 28 % des bénévoles sont occupés par les services sociaux et au contraire 37 % sont dans la culture et le loisir.

La perception est encore plus éloignée de la réalité au sujet des incitatifs à rester bénévole. Si 42 % des répondants pensent que les gens s’impliquent pour rendre service, il n’en est rien, seulement 1 % des gens déclarent réellement s’impliquer pour cette raison. Dans les faits, 41 % des bénévoles s’impliquent par plaisir ou par intérêt pour une cause particulière, 19 % pour socialiser et développer un sentiment d’appartenance et 18 % par devoir ou obligation, des chiffres largement sous-estimés dans le sondage. Une autre preuve de la vision romantique du bénévolat de la part des Québécois et Québécoises.

Freins et reconnaissance

Au sujet des obstacles au bénévolat, la perception se rapproche beaucoup plus de la réalité. L’obstacle numéro un au bénévolat est le même dans la réalité (51 %) que dans le sondage (64%) : le manque de temps. Les autres obstacles plus secondaires sont aussi plus ou moins bien identifiés. On parle ici de problèmes de santé ou d’incapacités physiques (deux point d’écart réalité et perception), ou encore du fait que les gens ne savent pas comment s’impliquer (3 points d’écart).

Au sujet de la reconnaissance de l’action bénévole, beaucoup de travail reste à faire. Seulement 57 % des Québécois connaissent la Semaine de l’action bénévole à chaque printemps et 43 % la Journée internationale des bénévoles le 5 décembre. Les chiffres sont pires quand on examine les prix. Seulement 21 % de la population connaît le Prix pour le bénévolat au Canada et 19 % la Médaille du souverain pour les bénévoles.

En résumé, on peut dire à la lecture de ce rapport que les Québécois et les Québécoises croient à l’importance du bénévolat et à son accessibilité pour tous. Ceux-ci rejettent l’idée qu’il y a trop d’organisations bénévoles ou encore le fait que les bénévoles sont du cheap labor. Toutefois, les répondants surestiment le temps requis pour être bénévole et pensent que les personnes âgées s’impliquent beaucoup plus que les jeunes, ce qui n’est pas nécessairement vrai. Il y aurait du travail à faire pour les organisations de gestion de bénévole pour tenter d’actualiser la perception de la pratique bénévole. Non le bénévolat n’est pas un geste purement détaché d’empathie pure, il ne requiert pas de sacrifice et de beaucoup de temps, il n’est pas l’apanage des retraités. Il est en fait beaucoup plus fluide qu’on le croit, beaucoup plus jeune, moderne, en ligne même. De nouvelles perceptions sont possibles. Mais il faut travailler. Parfois à distance.

Vous pouvez consulter le rapport ici :

– Le bénévolat selon les québécois (rapport complet)

– Le bénévolat selon les québécois (résumé)

Cliquer ici pour le PowerPoint de la présentation du dernier rapport du Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ).

 

Publication de deux nouvelles études sur la philanthropie!

Deux nouvelles études sur la philanthropie ont été publiées au mois de novembre 2018. Nous tenons à en partager le lien et le résumé ici pour les intéressés. Curieusement, ces deux études ont un ton très différent. La première est assez optimiste et la deuxième plutôt sombre.

La première étude est l’étude sur les tendances en philanthropie au Québec en 2020. Cette étude a été réalisée par Épisode, une firme d’experts-conseils en philanthropie qui « soutient depuis plus de 25 ans les organismes, fondations et entreprises dans leurs projets d’investissement philanthropique et communautaire », avec le soutien de la Banque Nationale, de Léger et de la Fondation du Grand Montréal.

Cette étude dévoile plusieurs données sur l’état des dons au pays et les tendances actuelles en philanthropie au Québec. On y apprend entre autres qu’un peu plus de la moitié des Québécois (54 %) ont fait un don dans la dernière année, que les personnes qualifiées de matures (73 ans et plus) sont le groupe d’âge le plus généreux et que les jeunes, pour être appelés à donner, doivent se sentir interpellés par une cause ou une valeur comme l’entrepreneuriat, l’innovation, la créativité, ou les technologies.

Cliquer ici pour lire l’étude. 

La deuxième étude publiée le mois dernier est Le rapport sur les dons 2018 de CanaDon.org, une plateforme canadienne de dons et de collectes de fonds en ligne.

L’objectif de ce rapport est de souligner comment la santé du secteur caritatif est étroitement liée à la santé du pays et de ses citoyens. La principale conclusion du rapport est, sombre conclusion, que le secteur caritatif canadien fait face à une crise imminente de financement. Une grande partie des dons actuels provient des personnes âgées de 70 ans et + et les nouvelles générations ne semblent pas prendre le relais. Cette chute dans le financement caritatif pourrait se traduire par une grande perte de service d’ici dix ans.

Cliquer ici pour lire le rapport. 

Compte rendu de la journée d’étude du 26 octobre 2018

Plus d’une trentaine de personnes se sont réunies à l’UQAM, le 26 octobre dernier, pour discuter des transformations, des enjeux et des défis du bénévolat. Organisée par la recherche interuniversitaire « Bénévolat en mouvement », cette journée d’étude a surtout permis d’engager un dialogue entre chercheurs et praticiens sur les nouveaux défis à relever pour le développement du bénévolat, mais aussi pour le recrutement de bénévoles.

La journée s’est ouverte avec la présentation du rapport des nouvelles pratiques de bénévolat par la doctorante en communication à l’UQAM, Sophie Del Fa. Le but de ce rapport était de mettre la table à la journée de réflexion en présentant plusieurs transformations du bénévolat depuis le début des années 2000. Grâce à une revue de la littérature de 338 articles provenant surtout du monde anglophone, l’auteure du rapport a pu cerner les nouvelles formes du bénévolat. Citons par exemple le bénévolat épisodique, qui désigne des individus qui sont engagés dans un bénévolat ponctuel ou de très court-terme, le bénévolat corporatif ou encore le bénévolat réflexif, centré sur l’expérience individuelle du bénévole. Cette présentation a pu stimuler de nombreux échanges, certains participants ont relevé l’absence du bénévolat relié aux compétences ce que l’équipe de Bénévolat en mouvement a pris en note.

Par la suite, la directrice du Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ), Maryline Fournier, est venue présenter le dernier rapport de son organisme. Celle-ci a tout d’abord expliqué que les jeunes ne font pas moins de bénévolat que leurs parents, ils en font différemment. Voir par exemple le bénévolat épisodique, en ligne, réflexif, etc. En fait le grand défi avec les jeunes est plutôt de les rejoindre, car rares sont ceux qui font l’effort de proposer leurs services. En effet, la moitié des jeunes déclarent ne pas avoir fait de bénévolat dans la dernière année parce qu’on ne leur a pas demandé. D’où l’importance pour les organisations de rejoindre cette génération, notamment sur les réseaux sociaux. Maryline Fournier a aussi détaillé les autres conclusions du rapport du RABQ, par exemple le fait que les bénévoles québécois font en moyenne 11 heures de bénévolat par mois et qu’ils s’impliqueraient majoritairement dans le secteur de la culture et des loisirs. Pour un résumé plus complet du rapport, voir cet article. 

Une table ronde a par la suite permis d’en apprendre davantage sur trois projets reliés au bénévolat. En effet, François De Kerret de Simplyk, Virginie Delannoy de la Société Canadienne du Cancer et Catherine Laroche de J’aime MTL sont venus présenter leur organisme respectif. Simplyk, en tant que plateforme en ligne qui permet de connecter des bénévoles, autant ponctuels qu’à long terme, avec des organismes, a tout d’abord piqué la curiosité de bien des participants. J’aime MTL, une organisation qui aide d’autres organismes à réaliser leur mission d’aide, a aussi contribué au débat en soulignant qu’il est possible à la longue de fidéliser des bénévoles épisodiques. La présentation du projet le Trottibus de la Société Canadienne du Cancer a quant à lui attiré l’attention sur les possibilités des projets locaux à l’échelle d’un quartier.

En après-midi, les participants se sont séparés en trois groupes pour participer à trois rondes d’échange sur des thèmes reliés au bénévolat. Le premier thème, nommé « Recruter/Motiver/Fidéliser », a permis d’échanger sur comment recruter des bénévoles, particulièrement des bénévoles réflexifs centrés sur eux-mêmes. Le deuxième thème nommé « Autour des tâches, compétences et l’expérience bénévole » a stimulé un débat sur les places et les statuts à donner aux bénévoles par rapport aux employés et aux bénéficiaires dans un projet/initiative de bénévolat. Le troisième thème nommé « Le Web et les médias sociaux » a plutôt permis de réfléchir sur comment les organismes peuvent s’adapter aux nouvelles technologies, autant dans le recrutement que dans l’organisation interne.

Pour finir, les chercheurs et les praticiens présents ont convenu que cet événement n’était qu’une première étape. Un comité de suivi sera mis en place pour poursuivre la réflexion et pour organiser quelques rencontres par année sur le même sujet. L’idée de constituer un espace de discussion et de partage de savoir autour du bénévolat a été bien reçue par tous.

Cliquer ici pour le PowerPoint du répertoire des nouvelles pratique du bénévolat.

Cliquer ici pour le PowerPoint de la présentation du dernier rapport du Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ).