Par : Danika Bouchard
Au début de l’année 2020, je revenais d’une mission humanitaire auprès d’une organisation médicale et j’avais besoin d’une pause, physique, mentale et émotionnelle. Je revenais d’un pays d’Afrique australe où les inégalités sociales et raciales sont toujours hyper visibles, et mon équipe et moi nous étions battus pour soumettre un plan d’intervention qui, jusqu’aujourd’hui, est toujours en évaluation. Je pensais revenir dans mon confort montréalais temporaire en attendant une autre assignation, mais il est rapidement devenu évident que la pandémie prenait de l’ampleur, les départs internationaux en mission étant devenus pratiquement impossibles.
J’ai donc décidé de m’impliquer dans ma communauté et je me suis inscrite à jebénévole.ca, une initiative du gouvernement Legault. Très rapidement, un CHSLD privé près de Montréal m’a recrutée et dès fin mars, je me suis présentée à mon premier quart de travail. Nous étions une vingtaine de citoyens motivés, des jeunes et des moins jeunes, individuellement ou en petites familles, et prêts à servir au front. La réalité nous a rapidement frappés : plus de 50 % du staff étaient absents, certains patients testaient déjà positif, et les équipements et procédures en place étaient extrêmement limités. Nous cherchions constamment le matériel comme des boîtes de gants de vinyle, en plus de n’avoir que très peu d’aide liée aux tâches à compléter. Nous semblions être un fardeau pour le personnel en place qui devait travailler plus fort, plus rapidement en plus d’avoir à gérer des bénévoles! C’était chaotique et inquiétant.
Inévitablement, au deuxième jour, plus de la moitié du groupe ne se sont jamais présentés et au troisième jour, nous n’étions plus que deux ou trois. Ma seule motivation à revenir, jour après jour, était les résidents, premiers otages de cette crise sanitaire. N’ayant aucune connaissance médicale technique, on nous attribuait des tâches d’abord très basiques : nous apportions de l’eau aux résidents ou nous les aidions à manger leur repas. J’ai par la suite appris que ces actions sont importantes car chaque résident à sa propre diète et sa propre capacité à mastiquer sans s’étouffer, ce qui nécessite une connaissance et une compréhension de chaque dossier. Après deux semaines de bénévolat, à travailler 5-6 jours par semaine, entre 8-12 heures par jour, l’armée canadienne s’est jointe aux efforts des bénévoles. Les militaires, reconnus pour leurs organisation et discipline, ont apporté structure et ordre au chaos quotidien qu’avait créé l’absence de personnel compétent.
Malgré cela, dans les premiers temps, considérant le nombre élevé de résidents dont chaque paire bénévole-militaire devait s‘occuper, nous avions le sentiment de faire du in and out, de devoir mettre l’aspect humain des interactions de côté. Si nous passions trop de temps à changer la culotte de Mme Côté, M. Gingras ne pourrait pas manger ou M. Bouchard resterait en pyjama toute la journée. Mais la collaboration accrue entre les équipes, la clarté des procédures de prévention et le contrôle des infections mises en place, l’établissement de systèmes administratifs et d’information comme des notes, en plus d’une routine horaire ordonnée et claire, nous ont permis d’accomplir nos tâches de bain, de repas et d’habillement efficacement.
Après quelques semaines à côtoyer les mêmes résidents, nous nous sommes rendus compte que, tranquillement, nous avions créé des petits liens affectifs, en plus d’avoir fait des efforts pour connecter au niveau interpersonnel. Ces liens incluaient par exemple des mots de base en italien pour une résidente italophone, le fait de partager une recette avec un ancien chef de restaurant, ou encore de brosser les cheveux et de mettre du vernis à ongles aux plus coquettes! J’ai mis fin à mon implication après deux mois et j’en garde plus de souvenirs heureux que douloureux. Peu importe le milieu dans lequel nous travaillons ou vivons, et peu importe le défi qui se présente, en se concentrant sur la personne devant nous et sur son bien-être, tout devient plus endurable. Chaque difficulté rencontrée, logistique, sanitaire ou humanitaire, peut devenir une opportunité d’apprendre, de grandir et de se reconnecter à notre communauté.