Récits bénévoles – Présentation

En 2018 nous avons créé la page « récits bénévoles » sur notre site web. L’objectif était de recueillir des témoignages qui nous aidaient à comprendre la réalité des bénévoles sur le terrain. Plusieurs textes ont alors été publiés en ce sens sur notre site web.

Après la pandémie de 2020-2021, nous avons eu l’idée de créer un concours de récits bénévoles pour relancer la publication de récits sur cette même page. L’idée était de découvrir comment la pandémie avait changé les implications bénévoles. Notre concours a été un succès: plus de 15 personnes ont répondu à l’appel. Nous tenons d’ailleurs à remercier tous les participants et toutes les participantes.

Vous trouverez les récits du concours dans la page nommée “récits bénévoles – publication“. Notre aimerions tout de suite attirer votre attention vers le récit gagnant nommé “Les 4 ‘R’ : Réduire, Réutiliser, Recycler et… Rencontres?“. Mélanie Le Berre démontre bien dans ce récit comment le bénévolat lui a permis de retrouver une forme de communauté que le confinement lui avait initialement retirée. La lecture en vaut le détour !

Les autres récits publiés du dernier concours:

Au téléphone, de Caroline Leblanc

Participer à quelque chose de grand, de Claude Robillard

Il n’y a pas de meilleur sentiment, de Jeanne Bouchard

Les bons côtés du bénévolat en ligne, de Léa Zelda Museau

Quand l’humanité prend tout son sens, de Danika Bouchard 

On tient bon !, de Julie Dall’Arche

J’ai aidé à ma façon, de Julien Chartier

Every hour is precious, de Shari Deere

Questionner la place de la diversité dans les recherches sur le bénévolat

Dans leur article Diversity in the Nonprofit and Voluntary Sector, publié en 2015, les chercheurs et chercheuses Judith Y. Weisinger, Ramón Borges-Méndez et Carl Milofsky questionnent essentiellement la place de la diversité dans les recherches sur le bénévolat.

Les auteurs et autrices mentionnent d’abord que la grande question pour la recherche sur les organismes à but non lucratif n’est pas de se demander si telle organisation représente la diversité ou pas, mais bien de se demander comment la diversité en tant que valeur est exprimée dans toutes les activités des organisations. Il s’agit en ce sens de reconnaître la diversité même des formes de diversité, c’est-à-dire des formes que peut prendre ce mot dans une organisation, que ce soit en mettant de l’avant des personnes issues de l’immigration ou des personnes avec des handicaps visibles ou invisibles.

Pour mettre de l’avant cette analyse, les auteurs et autrices reviennent d’abord sur l’origine du concept de diversité au 20e siècle. Les premières utilisations de ce concept proviennent des débats sur les equal employment opportunity (EEO), ce qu’on pourrait traduite par les politiques publiques pour favoriser l’égalité des chances dans l’obtention d’un emploi. Il s’agissait alors de mettre fin à la discrimination à l’embauche et de favoriser les personnes issues de la diversité dans les entretiens pour un emploi.

On voit ici que la diversité était essentiellement un concept qui relevait des sciences de la gestion dans la sélection des futurs employés. Une telle définition était réductrice dans le sens qu’elle limitait l’attention à la diversité à la sélection des employés et non pas à leur travail concret que ces derniers effectuaient au sein des organisations. La diversité était ainsi diluée dans le concept de représentativité.

Loin d’égaler la représentation exacte des membres de la société, le concept de diversité est plutôt pour les auteurs et les autrices la façon de désigner l’éventail des activités reflétant les questions d’hétérogénéité, de représentation et d’inclusivité. L’utilisation du concept est ainsi beaucoup plus large que celui plus simple de représentativité.

Les auteurs et autrices critiquent aussi l’attention trop grande portée aux conseils d’administration dans la littérature. Certaines recherches prétendent qu’un concept d’administration inclusif permettrait d’obtenir de meilleurs résultats financiers. Mais pour les auteurs et les autrices il faut résister à une telle instrumentalisation et toujours considérer la diversité comme un processus qui doit traverser toutes les activités des organisations. Ces derniers finissent par mentionner que des réflexions sur l’intersectionnalité et les rapports de pouvoir sont aussi essentielles pour les futures recherches.

Référence complète : Weisinger, J. Y., Borges-Méndez, R., & Milofsky, C. (2016). Diversity in the nonprofit and voluntary sector. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly45, 3S-27S.

J’ai aidé à ma façon 

Par : Julien Chartier 

Je m’implique depuis dix ans en tant que bénévole au sein du Centre d’action bénévole des Chic-Chocs en Gaspésie pour le service d’Accompagnement / Transport (rendez-vous médicaux de personnes isolées et vulnérables). Au tout début de la pandémie, je me suis adapté en plaçant des plexiglas dans la voiture entre les deux sièges. Le Centre d’action bénévole a par la suite suggéré aux autres accompagnateurs de faire la même chose en leur payant la facture.  

Cela a permis de mettre à l’aise les personnes que j’accompagnais et ce fut très apprécié des gens, principalement les aînés. Je sentais les personnes très anxieuses vis-à-vis la Covid. J’ai essayé de les mettre à l’aise avec la pandémie en leur parlant et les réconfortant durant le trajet. Plusieurs se sont ouverts davantage à moi pendant ces moments. Je crois que la peur en a rendu certains plus vulnérables. Mais d’un autre côté, certains se sont aussi plus ouverts à la conversation. Les liens se sont davantage soudés.  

Il faut être à l’écoute des gens pour pouvoir les aider avec leurs propres problèmes de santé, surtout pendant la pandémie avec tout le stress qui était ajouté. Plusieurs ont utilisé ce service pour se déplacer à l’extérieur du territoire de la Haute-Gaspésie, car la plupart n’ont pas d’auto et ils sont isolés. Ce sont des aînés qui doivent se rendre à leur rendez-vous médical, même avec la Covid. Souvent sans contact avec leur famille, je suis la seule personne avec qui ils peuvent parler durant la semaine. Le contact est important pour eux, et même avec la pandémie et la peur de transmission, le simple appel que je faisais pour confirmer l’heure de rendez-vous était significatif. Je leur parlais un peu plus longtemps, car je savais à quel point cela leur faisait du bien, particulièrement avec l’isolement encore plus grand provoqué par le confinement. Bref, j’ai aidé à ma façon ces personnes que j’accompagne dans ma voiture durant la pandémie. Ça m’a fait moi-même un grand bien. 

On tient bon !

Par : Julie Dall’Arche 

Ma vie de bénévole, depuis plus de dix ans, a consisté avant tout à créer et faire vivre une éco-team, le groupe Ecochêne, au sein de l’école où je suis professeure, près de Liège en Belgique. 

Démarrée de façon anecdotique, cette équipe a grandi au fil des ans et se portait pas mal du tout quand est arrivée la folie du confinement, de l’hybridation et de la peur… 

Passé la première panique et voyant surtout que la situation n’allait pas s’arranger en deux coups de cuillère à pot, on s’est interrogé sur la survivance des actions suspendues. Les élèves vendaient, entre autres, des fruits à toutes les récréations. Là, plus possible. D’autres projets se rêvaient ensemble chaque semaine. Nous allions notamment faire un voyage « nature »… Déception. 

D’abord on a tenté de communiquer à distance, imaginant planifier le retour plus efficacement, pensant que les élèves de 12 à 18 ans sauteraient sur l’occasion du numérique avec bien plus d’engouement que leurs professeurs… Erreur. Ce numérique qu’on nous a « vendu » comme la solution miracle à tous nos problèmes d’isolement (et même d’apprentissage!) est un leurre sans nom et nos jeunes n’y entendent rien. Rien qui puisse en tout cas permettre un échange vrai et constructif. 

Heureusement, le confinement strict n’a eu qu’un temps et le retour intermittent à l’école a été synonyme de « réunion » pour tous ceux et celles qui avaient gardé Ecochêne dans leur cœur. Que faire, si ce n’est, avant tout, écouter leurs inquiétudes et encourager leurs espoirs? 

Après quelques rencontres timides, il nous est venu à l’idée de relancer un projet ancien qui avait dû être abandonné : la récolte des bouchons plastiques. Elle se faisait maintenant au profit des chiens-guide et l’idée d’aider écologiquement et humainement nous a reboosté

Les élèves, chez eux un jour sur deux, avaient encore plus facilement l’occasion de conserver ces fameux bouchons. C’est donc cette action qui nous a remis « sur les rails » et qui nous a permis de tenir. Nous sommes allés crescendo pendant cinq mois et nous avons dépassé les 100 kg de récolte. 

Du coup, la rentrée 2021, même si elle n’a pas pu se faire « normalement », a permis au groupe de se reformer. Il compte aujourd’hui plus de 20 jeunes qui espèrent pouvoir continuer leurs actions et partir en forêt ensemble cette année. 

Les ventes de fruits ont repris. 

Et, quoi qu’il arrive, le groupe semble « tenir bon ». Rien ne pourrait me faire plus plaisir. Plus d’info sur www.archenee.be/le-groupe-ecochene 

Quand l’humanité prend tout son sens 

Par : Danika Bouchard 

Au début de l’année 2020, je revenais d’une mission humanitaire auprès d’une organisation médicale et j’avais besoin d’une pause, physique, mentale et émotionnelle. Je revenais d’un pays d’Afrique australe où les inégalités sociales et raciales sont toujours hyper visibles, et mon équipe et moi nous étions battus pour soumettre un plan d’intervention qui, jusqu’aujourd’hui, est toujours en évaluation. Je pensais revenir dans mon confort montréalais temporaire en attendant une autre assignation, mais il est rapidement devenu évident que la pandémie prenait de l’ampleur, les départs internationaux en mission étant devenus pratiquement impossibles.  

J’ai donc décidé de m’impliquer dans ma communauté et je me suis inscrite à jebénévole.ca, une initiative du gouvernement Legault. Très rapidement, un CHSLD privé près de Montréal m’a recrutée et dès fin mars, je me suis présentée à mon premier quart de travail. Nous étions une vingtaine de citoyens motivés, des jeunes et des moins jeunes, individuellement ou en petites familles, et prêts à servir au front. La réalité nous a rapidement frappés : plus de 50 % du staff étaient absents, certains patients testaient déjà positif, et les équipements et procédures en place étaient extrêmement limités. Nous cherchions constamment le matériel comme des boîtes de gants de vinyle, en plus de n’avoir que très peu d’aide liée aux tâches à compléter. Nous semblions être un fardeau pour le personnel en place qui devait travailler plus fort, plus rapidement en plus d’avoir à gérer des bénévoles! C’était chaotique et inquiétant.  

Inévitablement, au deuxième jour, plus de la moitié du groupe ne se sont jamais présentés et au troisième jour, nous n’étions plus que deux ou trois. Ma seule motivation à revenir, jour après jour, était les résidents, premiers otages de cette crise sanitaire. N’ayant aucune connaissance médicale technique, on nous attribuait des tâches d’abord très basiques : nous apportions de l’eau aux résidents ou nous les aidions à manger leur repas. J’ai par la suite appris que ces actions sont importantes car chaque résident à sa propre diète et sa propre capacité à mastiquer sans s’étouffer, ce qui nécessite une connaissance et une compréhension de chaque dossier. Après deux semaines de bénévolat, à travailler 5-6 jours par semaine, entre 8-12 heures par jour, l’armée canadienne s’est jointe aux efforts des bénévoles. Les militaires, reconnus pour leurs organisation et discipline, ont apporté structure et ordre au chaos quotidien qu’avait créé l’absence de personnel compétent.

Malgré cela, dans les premiers temps, considérant le nombre élevé de résidents dont chaque paire bénévole-militaire devait s‘occuper, nous avions le sentiment de faire du in and out, de devoir mettre l’aspect humain des interactions de côté. Si nous passions trop de temps à changer la culotte de Mme Côté, M. Gingras ne pourrait pas manger ou M. Bouchard resterait en pyjama toute la journée. Mais la collaboration accrue entre les équipes, la clarté des procédures de prévention et le contrôle des infections mises en place, l’établissement de systèmes administratifs et d’information comme des notes, en plus d’une routine horaire ordonnée et claire, nous ont permis d’accomplir nos tâches de bain, de repas et d’habillement efficacement.  

Après quelques semaines à côtoyer les mêmes résidents, nous nous sommes rendus compte que, tranquillement, nous avions créé des petits liens affectifs, en plus d’avoir fait des efforts pour connecter au niveau interpersonnel. Ces liens incluaient par exemple des mots de base en italien pour une résidente italophone, le fait de partager une recette avec un ancien chef de restaurant, ou encore de brosser les cheveux et de mettre du vernis à ongles aux plus coquettes! J’ai mis fin à mon implication après deux mois et j’en garde plus de souvenirs heureux que douloureux. Peu importe le milieu dans lequel nous travaillons ou vivons, et peu importe le défi qui se présente, en se concentrant sur la personne devant nous et sur son bien-être, tout devient plus endurable. Chaque difficulté rencontrée, logistique, sanitaire ou humanitaire, peut devenir une opportunité d’apprendre, de grandir et de se reconnecter à notre communauté. 

Il n’y a pas de meilleur sentiment

Par: Jeanne Bouchard

Mon implication remonte au début de mon parcours secondaire. J’ai commencé en m’impliquant dans un comité, de la deuxième à ma cinquième année, qui œuvrait dans un organisme diversifié. J’ai vite compris que l’implication volontaire était intrinsèque pour moi. J’ai trouvé ma voie : celle d’aider les gens, qu’ils soient dans le besoin ou non. J’en ai fait ma vocation! Je termine mon baccalauréat en communication l’an prochain. Quel est mon objectif professionnel? L’organisation d’événements-bénéfice et de collectes de fonds pour venir en aide à des causes qui me tiennent à cœur. En outre, je souhaite pouvoir transmettre ma passion pour le bénévolat à d’autres personnes : il n’y a pas de meilleur sentiment que d’avoir donné du temps pour rendre service et changer la journée de quelqu’un. J’ai aujourd’hui 22 ans, presque 23, et je m’implique tout autant qu’au début de mon secondaire : associations étudiantes, organismes communautaires, fondations. Dès que je peux m’impliquer, je le fais. 

Étant majoritairement impliquée dans l’organisation d’événements, la pandémie est venue changer du tout au tout mon rapport au bénévolat. Cependant, il n’était, en aucun cas, question de tout cesser. Le party universitaire et le spectacle de la rentrée sont deux des événements les plus attendus par la communauté étudiante. Il n’était pas concevable pour moi qu’ils puissent être annulés en raison d’une pandémie. C’était déjà tellement difficile de vivre tout cet isolement, je voulais leur offrir une soirée mémorable. Ni l’Université ni l’association n’avaient prévu d’organiser quelque chose.  

J’ai donc adopté le virage au virtuel pour créer un spectacle en ligne avec des artistes de la région. Ce dernier fut animé par une humoriste connue partout à travers la province. Ce fut parsemé d’embûches : trouver un logiciel de diffusion, coordonner tous les participants et les techniciens, faire des tests de son à distance, mais ça m’a permis d’apprendre. J’ai pu développer de nouvelles aptitudes qui sauront me servir ultérieurement. Le résultat fut au-delà de mes attentes : une soirée de bonheur qui nous a permis de nous rassembler, tout en étant chacun chez soi. Les commentaires furent unanimes : le mal de l’isolement fut apaisé, au moins le temps d’une soirée; c’était divertissant et, grâce à l’équipe d’organisation, les festivités de la rentrée ont pu avoir lieu. 

J’ai ensuite contacté le Centre d’action bénévole de ma ville pour savoir comment je pouvais les aider. J’ai commencé à faire les épiceries des personnes qui étaient à risque. On me fournissait la liste d’achats et les coordonnées des personnes en question. Je me rendais au supermarché et ce sont les caissières qui faisaient payer les clients par téléphone. Je n’avais donc pas à m’occuper de leur argent. Mon aide était directe et sur le terrain, ce que je ne croyais plus possible dans cette période difficile. Voir la gratitude dans les yeux des bénéficiaires valait tout l’or du monde. Ça peut sonner cliché, mais essayez le bénévolat et revenez-moi là-dessus : je vous garantis que votre sentiment de satisfaction sera plus haut que jamais. 

Sur le bénévolat et la jeunesse:

Cortessis, S., Weber Guisan, S., & Tsandev, E. (2019). Le bénévolat des jeunes: Une forme alternative d’éducation (p. 187). Seismo.

Kim, J., & Morgül, K. (2017). Long-term consequences of youth volunteering: Voluntary versus involuntary service. Social Science Research, 67, 160-175.

Le bénévolat comme énergie vitalisante

Dans son article nommé « Le confinement d’un bénévole. Petit journal de bord« , Pierre Reboul revisite plusieurs notions clés du bénévolat au cours du premier confinement en 2020 en France.

Avant l’entrée en scène de la première vague de la pandémie de COVID-19, Pierre Reboul effectuait régulièrement du bénévolat pour Jalmalv, une association européenne qui assure l’accompagnement, l’écoute et le soutien des personnes en fin de vie et de leur famille. L’annonce de la suspension des visites aux familles des malades est pour lui d’abord un grand choc. Il refuse d’y croire. Comme le démontre notre autre récit bénévole sur le sujet, les bénévoles des milieux hospitaliers prennent beaucoup de plaisir dans le contact affectif avec les patients.

Mais l’association ne tarde pas pour réagir. Celle-ci fait d’abord migrer ses services vers des rencontres téléphoniques. Mais cette première réaction ne change pas pour le bénévole le choc du confinement qui fondamentalement, comme il l’écrit si bien, « interroge l’extrême solitude de l’être humain », mais aussi « exacerbe le mal-être, réactive les traumatismes, met à nu les manques et déficits que la vie a installés », en plus d’ébranler certaines de nos valeurs, d’interroger nos priorités et de pousser à des remises en question fondamentales.

Face à ce choc de la solitude, le premier réflexe du bénévole est d’abord de revisiter certaines notions, dont celle de l’engagement. Pierre Reboul a en effet l’impression de délaisser ses patients habituels. Même s’il continue à leur parler au téléphone, celui-ci a l’impression que quelque chose de profond manque dorénavant à ces rencontres. Il écrit que « ce retrait, je le vis comme une fêlure dans mon unité d’homme et de bénévole, une ambivalence dont je ne parviens pas à me débarrasser ». Le bénévole compare d’ailleurs son engagement à celui des soignants qui sont sur la première ligne. Pourquoi ces derniers peuvent y aller et pas lui ? Ces variations dans la perception de l’engagement produisent certains sentiments de frustration, mais aussi d’impuissance. Reboul dit alors qu’il « me faut donc trouver une « compensation » dans la seule pensée de protéger la vie des malades que je visite habituellement ». Mais c’est trop abstrait.

Le bénévole revisite par la suite la notion de motivation. Celui-ci réalise qu’il puise sa motivation dans sa rencontre avec l’autre. Que faire alors quand cette rencontre est justement absente ? « En l’absence de ces rencontres, où trouver le combustible propre à me procurer une énergie vitalisante? », dit-il. Comment ne pas voir les malades en personne, comment se priver de « leur visage, les mille nuances de leurs émotions » ? Pour finir, et alors qu’il est phase de retourner à son bénévolat initial. Pierre Reboul souhaite faire de cette épreuve un espace d’apprentissage qui lui rappellera l’essentiel.

Les bons côtés du bénévolat en ligne

Par: Léa Zelda Museau

Mon implication en tant que bénévole a commencé sur les réseaux sociaux. L’association Pépite Sexiste, en France, lançait un appel aux bénévoles pour ouvrir des antennes un peu partout dans le monde. L’aventure a donc démarré pour moi lorsque j’ai lancé Casual Sexism CA, une initiative pour sensibiliser aux contenus sexistes et genrés des publicités au Canada. C’est vraiment ce qui m’a motivée à m’impliquer et à avoir d’autres expériences de bénévolat. Je commençais avec une tâche que je pouvais faire de partout, tant que j’avais une connexion internet! C’était parfait pour apprivoiser le bénévolat sans surcharger mon anxiété. Alors quand la pandémie est arrivée, j’ai pu continuer cette activité sans rien changer. Puisque l’association mère est en France et que les antennes se trouvent dans une dizaine de pays sur la planète, l’option des réunions virtuelles nous était vraiment pratique. Même avec la pandémie, j’ai pu recruter de nouveaux et nouvelles bénévoles pour l’antenne, que j’ai hâte de rencontrer lorsque le virus nous permettra de nous réunir enfin. 

Ensuite, j’ai fini par faire partie de plusieurs comités d’Oxfam Québec. Grâce à la pandémie, on pouvait travailler ensemble en virtuel, sans avoir à se déplacer à Montréal. Tout le monde avait finalement pris l’habitude d’utiliser les plateformes virtuelles, ça ne paraissait pas étrange. On a pu communiquer entre bénévoles venant de Montréal, Sherbrooke, Toronto… et même de France! Les liens se sont créés, même par écrans interposés.  

Pendant la pandémie, on a aussi fait le pari de lancer une collective féministe dans ma ville de résidence. Tout a commencé par l’organisation de « Cafés Féministes » en ligne, pour échanger dans un safer space avec des citoyennes en Estrie, à propos de thématiques préalablement choisies. C’était une méthode facile pour rejoindre le monde, et surtout qui évitait toute problématique d’anxiété ou de déplacement. Évidemment, comme on était toutes animées par les mêmes valeurs, on avait hâte que le confinement prenne fin pour enfin se rencontrer et pouvoir échanger avec les participantes… dans la vraie vie! Les beaux jours arrivaient enfin, alors nous avons pu nous rencontrer dans des parcs et vivre pleinement l’expérience en personne, ce qui a rendu l’implication bien plus humaine et accessible à celles qui ne pouvaient être présentes en ligne. Avec les autres bénévoles de la collective, nous avons aussi pu nous rencontrer pour de vrai et les échanges sont devenus plus agréables et plus fluides, et ce pour organiser les prochaines manifestations féministes que nous souhaitions voir fleurir. La pandémie apportait cependant des défis particuliers, comme le port du masque dans les rassemblements, l’achat de gel hydroalcoolique pour les participants et les participantes, la désinfection du haut-parleur entre les prises de parole… Mais rien d’insurmontable, c’étaient de petites adaptations, mais comparables au fait de s’adapter s’il pleut ou il neige lors de l’évènement.  

Personnellement, je ne me serais peut-être jamais mise au bénévolat sans la pandémie. En tant que personne anxieuse socialement, ça m’a grandement facilité la tâche de rencontrer tout ce beau monde virtuellement. Les rencontres en personne m’ont paru moins insurmontables parce que je connaissais déjà les autres bénévoles. Aujourd’hui, sans confinement, je serais plus à l’aise de me lancer dans une aventure bénévole directement en personne. Malgré les défis occasionnés par la pandémie, je suis contente que de nouvelles formes de bénévolat soient apparues pour que les gens comme moi puissent se lancer. 

Sur la différence entre le bénévolat en ligne et hors ligne:

Ihm, J., & Shumate, M. (2022). How Volunteer Commitment Differs in Online and Offline Environments. Management Communication Quarterly, https://doi.org/10.1177/08933189211073460.

Participer à quelque chose de grand

Par: Claude Robillard

« Bonjour, mon nom est Claude, je suis bénévole et je fais un appel de courtoisie, est-ce que je peux vous jaser un peu? »  

Moi qui me rendais à l’hôpital tous les vendredis pour mon bénévolat, j’ai dû, pour continuer à offrir de l’accompagnement aux patients pendant la pandémie, le faire à partir de chez moi. Depuis quelques années, mon rendez-vous qui me donnait l’impression de bien débuter chacune de mes fins de semaine consistait à rencontrer des patients afin de jaser, faire de petites commissions mais surtout, pour plusieurs d’entre eux, briser leur solitude du moment et recevoir leur inquiétude. La Covid-19 venait tout chambarder à l’échelle mondiale et dans mon petit cœur, moi qui carbure à la rencontre de l’autre.   

Au CHUM, cette pandémie a fait naître une « communauté virtuelle » afin de poursuivre ce service. Assis dans mon petit bureau avec ma liste de patients à rejoindre, je tombais sur des voix d’hommes et de femmes parfois tristes, inquiètes, perdues, désespérées. J’écoutais leurs propos afin de trouver une petite porte entrouverte qui me permettrait de mettre un peu de soleil et d’espoir dans leur vie.

Au bout de quelques mois, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Pour moi, il manquait à ces « rencontres » le contact des yeux, la chaleur de la voix, l’énergie dégagée. Cette nouvelle façon de procéder ne comblait pas tous mes besoins de bénévole, je me suis donc retiré. Bravo à tous ceux et celles qui ont persisté! Quel plaisir au retour! Sentir sur place toute cette effervescence me rappelle combien j’ai besoin de cette expérience : participer à quelque chose de grand.

Sur le bénévolat en ligne et ses impacts :

Amichai-Hamburger, Y. (2008). Potential and promise of online volunteering. Computers in Human Behavior, 24(2), 544-562.

Reboul, P. (2020). Le confinement d’un bénévole. Petit journal de bord. Jusqu’à la mort accompagner la vie, (3), 75-83.

Au téléphone

Par: Caroline Leblanc

Je détestais téléphoner. Je craignais de bégayer, de ne pas me présenter correctement. J’appréhendais que mon interlocuteur ne soit pas disponible. Je redoutais de devoir laisser un message à un autre correspondant ou à un répondeur. Pire, de devoir rappeler. Je détestais les téléphones qui sonnent. Est-ce que décrocher avec un « allô » suffisait? Que fallait-il répondre? Qui serait la personne au bout du fil? Se présenterait-elle ou serais-je contrainte de deviner qui était en ligne? Réussirais-je à m’exprimer sans bredouiller? Les téléphones portables n’ont pas remédié à mon trac. À l’exception de quelques proches, je trouvais un motif pour éviter d’appeler, pour privilégier l’envoi d’un courriel, d’un texto ou d’une lettre.  

Fin janvier, je devais réaliser des entretiens téléphoniques pour une association pour laquelle je suis bénévole. Cette organisation accompagne des lycéennes et des étudiantes dans le choix de leur orientation professionnelle. Ma mission consistait à vérifier les dossiers d’inscription des candidates, à confirmer qu’elles avaient compris en quoi consisterait le programme de coaching et à identifier leurs motivations. Les salariées de l’association priorisaient ensuite les candidates selon le nombre de places disponibles.  

Face à cette liste d’une dizaine de noms et le tableau Excel à renseigner, j’ai eu un moment de recul. Je m’étais portée volontaire pour passer des appels téléphoniques. J’avais reçu un courriel de l’association, je m’étais inscrite, j’avais participé à une réunion d’information. Mais je déteste appeler des inconnus. Quelle idiote! J’allais me ridiculiser. Ces appels seraient une lente torture. Était-il encore temps de prétexter quelque chose, de me désengager?  

J’ai consacré plusieurs heures à interviewer les candidates depuis ma cuisine. Elles ont toutes un téléphone portable et il leur manque parfois des ordinateurs. Malgré la prévalence de la communication par texto ou via les réseaux sociaux, elles semblaient à l’aise. Je ne voyais pas leurs sourires et leurs espoirs, mais je les entendais. Elles ont partagé avec moi un peu de leurs rêves et de leurs ambitions. Certaines avancent dans leurs études, d’autres sont déscolarisées et sans activité professionnelle. J’ai discerné l’impact de la crise. Des décrochages au dernier trimestre de l’année scolaire, des rentrées difficiles en septembre ou des abandons. Une fêtait son anniversaire le lendemain, une autre se préparait à passer le permis de conduire, deux arrivaient en France après des scolarités à l’étranger. Ma gorge s’est nouée quand une lycéenne m’a confiée son souhait de rendre fière sa mère qui n’avait pas pu faire d’études dans son pays d’origine. Une candidate a affirmé « je ne veux pas qu’on choisisse à ma place ».  

« Que diriez-vous aujourd’hui à celle que vous étiez à 15 ans? » suggèrent les coachs de l’association pour préparer les bénévoles aux discussions avec les bénéficiaires de leur programme d’orientation professionnelle. La perspective d’appeler des lycéennes et des étudiantes avait ravivé mes souvenirs de celle que j’étais. Et à 15 ans, je détestais téléphoner. Mais cette lycéenne appartient au passé. J’ai changé. Je n’ai plus peur du téléphone. Mes jobs successifs m’ont imposée des centaines d’appels, souvent à des inconnus, parfois inconfortables. Peu à peu, j’ai progressé et gagné en confiance. Mon orientation professionnelle demeure un peu floue, mais téléphoner est aussi naturel qu’écrire un email, une lettre ou un texto. J’ai saisi mon téléphone et j’ai composé le premier numéro. 

Sur le bénévolat à distance:

Sandage, E. (2020). Volunteering during the coronavirus pandemic. The Volunteer Management Report, 25(7), 2.

Horstmann, A. C., Winter, S., Rösner, L., & Krämer, N. C. (2018). SOS on my phone: An analysis of motives and incentives for participation in smartphone‐based volunteering. Journal of Contingencies and Crisis Management, 26(1), 193-199.