Dans leur article scientifique « Le bénévolat comme passage vers le développement social », publié en 2002 dans la revue Nouvelles pratiques sociales, les chercheurs et chercheuses Jean Panet-Raymond, Joël Rouffignat et Lise Dubois soutiennent essentiellement que l’engagement bénévole peut constituer un outil de développement durable, tant sur le plan personnel, organisationnel que collectif.
Pour soutenir leur affirmation, les chercheurs et chercheuses ont effectué une recherche qui portait sur les alternatives au dépannage alimentaire concernant des familles avec des enfants. Encore une fois ce sujet des banques alimentaires rejoint notre récit bénévole gagnant, que nous vous invitons à relire en cliquant ici.
Les auteurs et les autrices du texte résument leur méthodologie de la façon suivante : la recherche a essentiellement été effectuée à l’aide d’un « questionnaire individuel autoadministré dans 63 groupes auprès de 313 personnes » ayant au moins un enfant mineur vivant avec elles et « participant aux activités alimentaires des groupes communautaires offrant des alternatives au dépannage alimentaire ». L’analyse par questionnaire a été complétée « par 18 entrevues individuelles d’environ deux heures » qui portaient sur les différents aspects qualitatifs des informations recueillies. Les auteurs et les autrices, dans l’analyse des données, se sont concentrés plus précisément sur le cheminement ou le parcours de vie de chaque bénévole.
Du côté des résultats, les chercheurs et les chercheuses mettent surtout de l’avant le fait que la recherche de l’empowerment individuel est au cœur des pratiques bénévoles examinées. Dans l’implication bénévole, des personnes vues traditionnellement comme des « clientes » par les institutions, ou encore des « usagères », sont plutôt insérées dans la société par une transition vers la participation (participantes) puis l’implication citoyenne (bénévoles). Les auteurs et les autrices expliquent dans le même sens que oui les personnes les plus pauvres viennent chercher de l’aide alimentaire dans l’organisme, mais pas que, ces derniers veulent aussi chercher du réconfort et une manière de créer des liens de solidarité.
Un travail d’accompagnement fait dans une perspective d’empowerment est alors accompli par les bénévoles, ce qui les rend plus puissants et autonomes à leur tour. Plus précisément ce travail émancipateur est présent dans quatre catégories : la participation aux activités alimentaires et aux autres du groupe, le développement de l’estime de soi, l’actualisation et le développement des connaissances et des apprentissages techniques et sociaux et le développement de la conscience collective et critique.
Gros imprévu mondial, la COVID a bousculé les plans de bien des gens. Y compris les miens.
En mars 2020, j’étais étudiante au doctorat à temps plein avec un projet de recherche clinique qui impliquait la population âgée et des partenaires dans divers CIUSSS. Rapidement, les partenaires en question ont dû réviser leurs priorités pour faire face à la crise sanitaire. Au même moment, les rassemblements intérieurs, surtout ceux qui incluaient des personnes âgées, ont été interdits par mesure de prévention. Mon projet devenait (temporairement) impossible à réaliser. L’organisme subventionnaire qui me soutenait a du même coup annoncé qu’aucune extension n’était prévue à son budget : si des délais étaient anticipés, mieux valait interrompre ses études pour une session puis revenir à l’automne, lorsque la situation se serait calmée (!).
En mai 2020, je me retrouve donc en suspens, sans statut étudiant et sans projet immédiat. Sans soutien financier non plus. Un peu inquiète pour mon budget, j’ai augmenté mes activités de « dumpster diving » (ou « déchétarisme », pour les intimes). Rapidement, j’ai intégré le mouvement Je contribue avec un poste temporaire en CHSLD. C’est néanmoins dans ces quelques jours de flottement et d’incertitude qu’a été semé le germe de mon implication.
Un matin encore frais du printemps de la première vague, je ramassais des bananes un peu trop molles, un peu trop foncées, un peu trop vieilles, déposées dans une ruelle pour celui ou celle qui saurait leur donner un peu d’amour. C’est à ce moment que j’ai appris que ce don provenait de FEEDback, un organisme communautaire d’Ahuntsic-Cartierville. FEEDback a pour mission de lutter d’un côté contre le gaspillage alimentaire en récupérant les invendus de plusieurs commerces locaux, et de l’autre contre la précarité alimentaire en redistribuant ces invendus, triés, nettoyés, apprêtés, à des personnes du quartier plus vulnérables. Tout s’effectue à vélo tant que la température le permet. Les morceaux trop abîmés ou trop périmés, qui faisaient pré-pandémie l’objet de cuisines collectives, puisqu’ils doivent être cuisinés immédiatement, sont désormais offerts à des « courageuses » et « courageux ». D’où les bananes molles ce matin-là. Intriguée par la mission qui faisait écho à mes valeurs, je me suis renseignée davantage.
Je me présente donc masquée la semaine suivante pour contribuer à la collecte de dons, leur nettoyage, sélection et tri, puis leur distribution par panier. J’y rencontre aussi une équipe passionnée, solidaire et accueillante. À un moment où mes interactions en personne se limitent principalement aux bénéficiaires du CHSLD, ces nouveaux échanges me font du bien. Je trouve un réconfort supplémentaire à retourner chaque semaine dans le quartier où j’ai grandi. Rapidement, je convaincs ma mère et ma sœur de venir s’impliquer à leur tour. FEEDback nous donne alors un espace dans lequel nous nous voyons régulièrement tout en respectant les règles sanitaires. Ce n’est peut-être pas un souper de famille (qui me manque terriblement à ce moment-là), mais il règne une petite ambiance d’épluchette de blé d’Inde au moment du tri qui rappelle un peu les grandes tablées.
Depuis septembre 2020, je suis de retour aux études à temps plein. À travers les cours, le recrutement de participantes pour mon projet et la collecte de données, je continue à m’impliquer. Le projet a évolué depuis mon arrivée et sa mission comprend désormais un volet d’autonomisation et d’empowerment des communautés. Les personnes qui reçoivent les paniers sont graduellement intégrées à l’équipe de bénévoles, dans la mesure du possible et dans le respect de leurs limites. D’ici quelques mois, FEEDback Ahuntsic-Cartierville devrait être complètement autonome, par et pour les destinataires de paniers alimentaires. Après un an et demi, l’aventure tire à sa fin. Je repartirai avec de très bons souvenirs de mon passage, de nouvelles amitiés, de meilleurs réflexes de compostage et même des découvertes culinaires. Je suis reconnaissante d’avoir saisi cette main tendue, cachée au détour d’une caisse de fruits mous. Dans les vieilles bananes, les meilleures histoires?
Sur le bénévolat et l’empowerment des communautés:
Cohen, A. (2009). Welfare clients’ volunteering as a means of empowerment. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 38(3), 522-534.
Gooch, M. (2004). Volunteering in catchment management groups: Empowering the volunteer. Australian Geographer, 35(2), 193-208.
Panet-Raymond, J., Rouffignat, J., & Dubois, L. (2002). Le bénévolat comme passage vers le développement social. Nouvelles pratiques sociales, 15(2), 104-119.
Les immigrants et les immigrantes vont souvent se replier vers le bénévolat car l’accès au marché du travail leur est difficile, voilà en quelque sorte l’argument principal qui peut émerger de l’article scientifique « Navigating transition to work: Recent immigrants’ experiences of lifelong learning in Canada », publié en 2022 par les chercheurs canadiens Jingzhou Liu et Shibao Guo.
Les chercheurs commencent en effet leur article en expliquant que les immigrants et les immigrantes des pays occidentaux comme le Canada font souvent face à des obstacles structurels lors de leur arrivée sur le marché du travail. Malgré le fait que ces immigrants et ces immigrantes soient bien éduqués et qu’ils apportent d’importantes ressources (monétaires, symboliques, culturelles, etc.) à leur pays d’accueil, les recherches démontrent que le chômage et le sous-emploi sont les principaux obstacles auxquels ces derniers sont confrontés.
Pour examiner cette lente intégration dans le marché du travail, les chercheurs adoptent une loupe intersectionnelle qui permet de vérifier comment des variables comme le genre, la race et la classe sont en fait des catégories imbriquées qui s’affectent mutuellement et qui peuvent renforcer les situations d’inégalité sociale. Ceux-ci appliquent ce concept en effectuant 18 entrevues avec des immigrants et des immigrantes arrivées récemment au Canada dans le but de tracer leur récit de vie.
Les chercheurs en arrivent finalement à des résultats qui se divisent en trois thématiques, la dernière concernant plus précisément le bénévolat. La première thématique est celle de la reconnaissance des compétences. Il est en effet très difficile pour les immigrants et les immigrantes de se faire reconnaître leurs qualifications ou leurs diplômes sans traverser des labyrinthes administratifs. Le deuxième thème, qui est la suite logique du premier, est celui de la requalification. Plusieurs immigrants et immigrantes doivent en effet suivre des processus complexes pour se requalifier dans divers domaines. Les auteurs y voient des processus de disciplinarisation, c’est le cas notamment des stages non payés où les immigrants et les immigrantes doivent revenir à zéro et se soumettre à telles hiérarchies.
Le troisième thème est finalement celui du bénévolat. Grâce au bénévolat, les immigrants et les immigrantes peuvent acquérir de nouvelles compétences et connaissances ainsi que de l’expérience de travail locale, élargir leurs réseaux sociaux et développer un sens plus fort de leur communauté. Pour plusieurs interviewés il semblerait même que le bénévolat soit devenu l’un des facteurs les plus influents pour obtenir un emploi rémunéré. Les immigrants et les immigrantes doivent donc se « prouver » gratuitement devant divers employeurs pour enfin être reconnus comme des sujets étant porteurs de compétences. On peut en ce sens se demander si le bénévolat n’est pas en quelque sorte un passage obligé pour ces derniers (il est devenu « coercitif »).
Il est toujours temps de nous envoyer vos récits qui alimenteront notre page « récits bénévoles » sur notre site web. Nous rappelons que notre objectif est de recueillir des témoignages qui peuvent nous aider à mieux comprendre la réalité des bénévoles sur le terrain. Comment la pandémie a-t-elle transformé votre implication ? Comment avez-vous fait pour maintenir un lien avec ceux et celles que vous aidiez ? Avez-vous fait certaines découvertes que vous aimeriez partager ? Écrivez-nous un court texte, toute participation sera compensée !
– Les récits seront publiés sur notre site web dans la section Portraits du bénévolat. – Environ 500-800 mots. Anglais ou français. – Compensation de 20$ en carte cadeau au Renaud-Bray. – Premier prix de 100$ en carte cadeau au Renaud-Bray, remis après évaluation d’un jury. – Date limite : 10 janvier 2022. – Pour les faire parvenir, remplissez ce formulaire.
Le 26 novembre dernier, nous avons accueilli deux panélistes, la doctorante en histoire à l’UQAM Camille Robert et la sociologue au CNRS Maud Simonet, pour discuter lors de notre table ronde qui s’intitulait « Travail invisible, travail gratuit et bénévolat ».
Les deux chercheuses sont tout d’abord revenues sur leurs usages des termes travail gratuit ou travail invisible. Celles-ci ont relaté des parcours curieusement inversés. Maud Simonet a commencé ses recherches avec une comparaison entre le bénévolat en France et aux États-Unis dans les années 1990. Or alors que toutes les recherches séparaient alors le bénévolat comme engagement et le travail salarié, celle-ci a réalisé que les deux termes n’étaient pas si séparés, et surtout chez les bénévoles qu’elles interviewaient où le monde du travail revenait fréquemment. Celle-ci a alors compris la nécessité de revibiliser les travailleurs et les travailleuses bénévoles qui n’étaient pas pris en compte par la sociologie du travail classique. Les concepts de la théorie féministe, notamment ceux de travail invisible et de travail gratuit, l’ont aidé dans cette quête.
Camille Robert a pour sa part raconté un chemin inverse. Celle-ci a commencé ses études en effectuant un mémoire de maîtrise sur les luttes concernant le travail domestique dans les années 1970 au Québec, des luttes qui représentaient un angle mort dans les mouvements progressistes. Les féministes disaient alors que le travail domestique était un travail qui assurait la reproduction de la société, et que ce travail pouvait même mériter un salaire. Celle-ci s’est alors dirigée vers les concepts sociologiques de travail de reproduction sociale ou encore de charge mentale pour mieux continuer ses recherches, alors que celle-ci se consacre maintenant à l’étude du tournant néolibéral dans les services publics.
Maud Simonet a ensuite continué en expliquant quelques débats théoriques autour des notions de travail invisible/gratuit. Il y a tout d’abord l’enjeu de la valeur dans le sens qu’il est très difficile de calculer monétairement la valeur du travail domestique. Certaines économistes ont alors utilisé le modèle des périmètres (restreints, intermédiaires, élargis). Ensuite le travail gratuit n’est pas une soustraction, il faut au contraire le comprendre comme un déni de travail qui est légitimé par des appels au « travail de l’amour » ou au nom de la « formation » comme les stages. Le travail gratuit complexifie donc le concept classique d’exploitation. Camille Robert a également poursuivi en mentionnant que les ménagères sont des sujets politiques à part entière. Nous voyons d’ailleurs aujourd’hui une résurgence de ces débats, notamment avec les thématiques de la grève des stages.
Maud Simonet a enchainé en parlant du rôle de l’État. Pour celle-ci, on pourrait repérer des politiques de travail bénévole, et ce particulièrement dans le discours des politiciens aux États-Unis. En effet chaque politique publique dans ce pays semble être accompagnée d’un appel pour recruter des travailleurs et des travailleuses invisibles, que ce soit pour lutter contre la pauvreté ou contre le terrorisme. L’appel au bénévolat pendant la pandémie n’est donc qu’un exemple parmi tant d’autres de cet appel au travail gratuit.
Camille Robert a poursuivi en indiquant que la pandémie a au moins permis de rendre visible cette force de travail invisible. La pandémie nous en effet a démontré que la société ne pouvait pas fonctionner sans l’apport fondamental du travail invisible comme le travail de soin (par exemple, les couturières qui faisaient des masques). Cette mise en lumière est essentielle et elle pourrait stimuler des luttes qui revaloriseraient ce travail désinvibilisé. Maud Simonet a conclu en disant qu’elle était d’accord, même si la relance économique est pour l’instant majoritairement masculine, c’est-à-dire provenant de secteurs dominés par les hommes comme la construction ou les mines.
Pour poursuivre la réflexion :
Simonet, M. (2020). La grève du travail gratuit n’a pas eu lieu… quoique ?. Mouvements, 103, 131-136.
Robert, C. (2017). Toutes les femmes sont d’abord ménagères. Montréal : Somme Toute.
Voici un court résumé de l’article de Maud Simonet, intitulé Travail gratuit et guerre des valeurs, publié en 2020 dans la vie des idées. Nous publions ce résumé en prévision de notre prochaine table ronde qui aura lieu le 26 novembre 2021, et qui aura pour thème « Travail invisible, travail gratuit et bénévolat ». Il est toujours possible de s’inscrire à cette table ronde.
La sociologue revient tout d’abord sur le contexte actuel qui est celui de la pandémie de covid-19 (l’article a été écrit en 2020 alors que le confinement était toujours en place). Celle-ci explique que c’est surtout les femmes effectuant un travail essentiel qui ont été appelées à s’impliquer davantage pour prendre soin de la population pendant la crise, et ce de manière souvent bénévole.
Or, cet appel au bénévolat pour prendre soin de la population de manière gratuite est un appel récurrent dans l’histoire pour passer à travers les crises. Mme Simonet rappelle par exemple l’épisode de la faillite budgétaire de la ville de New York en 1976: le maire de la ville avait appelé à l’engagement bénévole des New Yorkais·es pour prendre en partie en charge les services publics prioritaires et notamment la santé et les services sociaux. Ce même appel est d’ailleurs survenu encore après les événements du 11 septembre 2001 dans cette même ville.
Mais le problème est que ces appels, loin de se résorber après les crises, ont tendance à se pérenniser. L’autrice explique que l’appel des bénévoles à remplir la mission des services publics se perpétue bien après les épisodes de crise. C’est ainsi que les bénévoles sont appelés à nettoyer les parcs de la ville de New York, et ce même en temps normal. Chaque crise est ainsi un moyen d’ouvrir une nouvelle valve qui n’est pas refermée par la suite. L’autrice conclut ainsi son texte en se demandant si l’appel récurrent au bénévolat n’est pas lui-même un problème qui nous empêche de surmonter le sous-financement de nos services publics.
À ne pas manquer: notre prochaine table ronde sur le thème du « Travail invisible, travail gratuit et bénévolat », qui aura lieu le 26 novembre de 12h30 à 14h (Est) ! Nous accueillerons deux panélistes : Maud Simonet, sociologue et directrice de recherche au CNRS, et Camille Robert, doctorante en histoire à l’UQAM.
Cette table ronde, organisée par le groupe de recherche « Bénévolat en mouvement », vise à aborder le bénévolat comme un travail invisible ou un travail gratuit. Trop souvent le bénévolat est idéalisé comme un don de soi qui serait à l’abri du travail salarié. Pourtant de nombreuses études récentes ont plutôt démontré que le bénévolat était une forme de travail surtout effectuée par des femmes. C’est le cas du travail domestique historiquement pris en charge par les femmes ménagères, mais aussi de manière plus large du travail de soin, par exemple nettoyer les parcs, s’occuper des patients dans les hôpitaux, faire du travail de modération sur les réseaux sociaux, etc. Ces formes d’hybridation nécessitent de repenser la frontière traditionnelle entre le bénévolat et le travail en abordant un angle féministe et critique. Nous discuterons également des solutions envisageables, notamment des formes de redistribution des salaires et des revenus ou encore de revalorisation de secteurs historiquement délaissés.
Panélistes : Maud Simonet, sociologue et directrice de recherche au CNRS, ses travaux se concentrent sur les thèmes du travail bénévole, de l’engagement citoyen et de la notion de « workfare ». Elle est l’autrice de l’ouvrage « Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?« .
« Bénévolat en mouvement » (Volunteering on the move – VOTM) est une recherche interuniversitaire sur la mouvance des pratiques de bénévolat menée par des chercheures et chercheurs en communication organisationnelle travaillant dans quatre universités Canadiennes, en collaboration avec des organismes du secteur non lucratif. https://entraidedanslesmarges.uqam.ca/fr/accueil/
Depuis le début de notre projet de recherche, l’une de nos préoccupations centrales est de remettre en question certains présupposés que nous avons à propos du bénévolat. Par exemple, il est courant de définir le bénévolat comme un don de soi qui n’aurait aucun lien avec la sphère du travail salarié. Or dans le contexte néolibéral de transformations du travail, force est de constater que la frontière entre le travail « bénévole » et le travail « non bénévole » (au sens de travail salarié) est particulièrement floue. C’est du moins ce que nous avons tenté de démontrer dans notre article « (Re)donner au bénévolat sa juste valeur. Les pratiques de travail bénévoles à l’ère du capitalisme néolibéral », publié dans la revue Nouvelles pratiques sociales à l’automne 2021.
Cet article se décline des trois façons suivantes:
Nous résumons tout d’abord les définitions classiques du bénévolat, qui vont de l’action non obligatoire, au don de soi, en passant par la charité chrétienne.
Nous démontrons ensuite que ces définitions n’ont plus de sens face à la montée du néolibéralisme. En effet le néolibéralisme se caractérise par la transformation de la concurrence en forme générale des activités de production. Conséquemment le bénévolat est constamment récupéré par le cycle d’accumulation de la valeur, notamment dans la sphère de la production, de la reproduction de la force de travail, mais aussi dans la sphère du travail de consommation.
Pour illustrer cet exemple, nous détaillons trois études de cas où des actions bénévoles sont récupérées par le cycle d’accumulation du capital: premièrement le développement des logiciels libres, ensuite le nettoyage gratuit des parcs, et puis pour finir l’implication des patients dans le travail de soin (les patients-experts).
L’équipe de recherche interuniversitaire « Bénévolat en mouvement » mène actuellement un projet de recherche sur les pratiques bénévoles et les implications citoyennes plurielles existant dans les milieux et les organisations sans but lucratif au Québec. Ce projet de recherche s’inscrit dans la continuité d’un premier projet de recherche portant sur les significations plurielles associées au bénévolat à Montréal et ses environs.
Présentation du projet de recherche Dans le cadre de cette nouvelle recherche, nous portons une attention particulière sur les significations, expériences et pratiques des individus possédant une implication bénévole ou citoyenne et s’auto-identifiant à une minorité.
Pour participer à ce projet, vous devez correspondre au profil suivant: (1) vous devez vous sentir affilié(e) à une minorité. À titre d’exemple, vous pourriez vous sentir membre d’une minorité éthique ou linguistique, d’une minorité religieuse ou politique, faire partie de la communauté LGBTQ2S+ ou de la communauté BIPOC/PANDC, être issu(e) de l’immigration ou encore être en situation de handicap. (2) vous devez exercer une forme de bénévolat ou d’implication citoyenne. Par exemple, votre implication pourrait prendre la forme d’une implication ou d’un engagement ponctuel dans une organisation ou un collectif, d’une activité d’entraide ou de solidarité vis-à-vis d’une certaine communauté ou encore d’une implication militante.
L’objectif de notre recherche est de mieux saisir les manières dont ces individus perçoivent leurs propres activités bénévoles ou citoyennes et les regards qu’ils·elles·iels portent sur les organisations et les milieux associés au bénévolat et à la mobilisation citoyenne au Québec.
Modalités de participation Les entrevues sont individuelles et/ou de groupe. Les entrevues individuelles durent une heure (maximum), et les entrevues de groupe deux heures (maximum). Nous invitons les participants et les participantes à spécifier leurs modalités de participation, parmi ces trois options suivantes :
Participation à une entrevue individuelle
Participation à une entrevue de groupe
Participation à l’entrevue individuelle et de groupe
Les entrevues débuteront dès le mois d’août 2021.
Finalités de recherche En participant à cette recherche, les participants et les participantes contribueront à faire rayonner leurs pratiques et leurs organisations dans le milieu académique et auprès des autres partenaires du milieu du bénévolat et de l’implication citoyenne, tout en contribuant au développement des connaissances dans le domaine.
Un rapport de recherche écrit sera remis à la fin de l’étude, et sera disponible pour consultation. Cette étude permettra de rendre compte du vaste ensemble de pratiques et de cultures du bénévolat et de la mobilisation citoyenne au Québec.
Pour nous contacter Si vous êtes intéressé·e·x·s à participer à cette recherche ou si vous connaissez quelqu’un·e qui pourrait l’être, nous vous invitons à vous inscrire ou à partager ce lien.
De plus, la directrice du projet, Consuelo Vasquez, est disponible pour un rendez-vous téléphonique afin d’expliquer plus en détail les modalités de participation à la recherche : vasquez.consuelo@uqam.ca.
The “volunteering on the move” interuniversity research team is currently carrying out a research project on volunteer practices and the plural civic implications existing in non-profit communities and organizations in Quebec.This research project is a continuation of a first research project on the plural meanings associated with volunteering in Montreal and its surroundings.
Presentation of the research project As part of this new research, we are paying particular attention to the meanings, experiences and practices of individuals with volunteer or civic involvement and who self-identify with a minority.
To participate in this project, you must correspond to the following profile: (1) you must feel that you are affiliated with a minority. For example, you might feel that you are a member of an ethical or linguistic minority, a religious or political minority, part of the LGBTQ2S + community or the BIPOC / PANDC community, or of an immigrant background or be disabled.
(2) you must do some form of volunteering or civic involvement. For example, your involvement could take the form of a one-off involvement or commitment in an organization or a collective, of a mutual aid or solidarity activity towards a certain community or even of militant involvement.
The objective of our research is to better understand the ways in which these individuals perceive their own volunteer or civic activities and the ways they look at the organizations and environments associated with volunteering and citizen mobilization in Quebec.
How to participate Interviews are individual and/or group. One-on-one interviews last one hour (maximum), and group interviews two hours (maximum). We invite participants to specify their modalities of participation, among the following three options:
Participation in an individual interview
Participation in a group interview
Participation in the individual and group interview
Interviews will begin in August 2021.
Research purposes By participating in this research, participants will help promote their practices and organizations in academia and with other partners in the field of volunteering and citizen involvement, while contributing to the development of knowledge in the field.
A written research report will be submitted at the end of the study, and will be available for consultation. This study will make it possible to take into account the vast set of practices and cultures of volunteering and citizen mobilization in Quebec.
To contact us If you are interested in participating in this research or if you know someone who could be, we invite you to subscribe or share this link.
In addition, the project director, Consuelo Vasquez, is available for a telephone appointment to explain in more detail the terms of participation in the research: vasquez.consuelo@uqam.ca.
Le but de cette étude est essentiellement d’analyser le bénévolat informel de crise pendant la période de confinement de la pandémie de COVID-19, et ce plus précisément en Suisse. Les auteurs définissent tout d’abord le bénévolat de crise comme une réponse ponctuelle et à court terme aux urgences, aux catastrophes et aux crises sociopolitiques.
Compte tenu des circonstances imposant la distanciation sociale pendant le confinement, les bénévoles voulant contribuer étaient fortement dépendants des plateformes de correspondance pour les mettre en contact avec les personnes dans le besoin et les différentes tâches proposées par les organismes communautaires. Les plateformes en ligne se sont donc rapidement avérées être un instrument efficace pour le recrutement des bénévoles et surtout pour relier ceux-ci aux différentes tâches à accomplir.
Considérant ces grands chambardements par rapport aux manières traditionnelles de réaliser du bénévolat, les auteurs se sont donc demandé si la satisfaction des bénévoles changeait ou était impactée négativement ou positivement par rapport à la réalisation de tâches en ligne. Pour ce faire, les auteurs ont réalisé un sondage sur le sujet qui a été rempli par plus de 550 personnes s’étant impliqué bénévolement pendant le début de la pandémie au printemps 2020.
Les auteurs en viennent à la conclusion que non seulement les bénévoles étaient plutôt satisfaits de leurs tâches en ligne – principalement parce que celles-ci étaient reliées à une cause importante et qu’elles renforçaient le sentiment de confiance en soi – mais aussi que cette satisfaction du bénévolat en temps de crise pouvait très bien conduire ces bénévoles à continuer à s’impliquer dans le long terme.
Cette dernière conclusion à un donc un impact majeur pour les organismes ayant accueilli des bénévoles à court terme pendant la pandémie. Il se pourrait très bien, disent les auteurs, que cette expérience de bénévolat ait germé l’envie de donner plus de son temps pour de différentes causes. Il sera donc plus qu’important de relancer ces bénévoles lors des prochaines campagnes importantes, nous avons là des personnes qui sortiront de cette pandémie transformées pour le mieux.