Les immigrants et les immigrantes vont souvent se replier vers le bénévolat car l’accès au marché du travail leur est difficile, voilà en quelque sorte l’argument principal qui peut émerger de l’article scientifique « Navigating transition to work: Recent immigrants’ experiences of lifelong learning in Canada », publié en 2022 par les chercheurs canadiens Jingzhou Liu et Shibao Guo.
Les chercheurs commencent en effet leur article en expliquant que les immigrants et les immigrantes des pays occidentaux comme le Canada font souvent face à des obstacles structurels lors de leur arrivée sur le marché du travail. Malgré le fait que ces immigrants et ces immigrantes soient bien éduqués et qu’ils apportent d’importantes ressources (monétaires, symboliques, culturelles, etc.) à leur pays d’accueil, les recherches démontrent que le chômage et le sous-emploi sont les principaux obstacles auxquels ces derniers sont confrontés.
Pour examiner cette lente intégration dans le marché du travail, les chercheurs adoptent une loupe intersectionnelle qui permet de vérifier comment des variables comme le genre, la race et la classe sont en fait des catégories imbriquées qui s’affectent mutuellement et qui peuvent renforcer les situations d’inégalité sociale. Ceux-ci appliquent ce concept en effectuant 18 entrevues avec des immigrants et des immigrantes arrivées récemment au Canada dans le but de tracer leur récit de vie.
Les chercheurs en arrivent finalement à des résultats qui se divisent en trois thématiques, la dernière concernant plus précisément le bénévolat. La première thématique est celle de la reconnaissance des compétences. Il est en effet très difficile pour les immigrants et les immigrantes de se faire reconnaître leurs qualifications ou leurs diplômes sans traverser des labyrinthes administratifs. Le deuxième thème, qui est la suite logique du premier, est celui de la requalification. Plusieurs immigrants et immigrantes doivent en effet suivre des processus complexes pour se requalifier dans divers domaines. Les auteurs y voient des processus de disciplinarisation, c’est le cas notamment des stages non payés où les immigrants et les immigrantes doivent revenir à zéro et se soumettre à telles hiérarchies.
Le troisième thème est finalement celui du bénévolat. Grâce au bénévolat, les immigrants et les immigrantes peuvent acquérir de nouvelles compétences et connaissances ainsi que de l’expérience de travail locale, élargir leurs réseaux sociaux et développer un sens plus fort de leur communauté. Pour plusieurs interviewés il semblerait même que le bénévolat soit devenu l’un des facteurs les plus influents pour obtenir un emploi rémunéré. Les immigrants et les immigrantes doivent donc se « prouver » gratuitement devant divers employeurs pour enfin être reconnus comme des sujets étant porteurs de compétences. On peut en ce sens se demander si le bénévolat n’est pas en quelque sorte un passage obligé pour ces derniers (il est devenu « coercitif »).