« Quelles valeurs donnons-nous au bénévolat? »

En cette Semaine de l’action bénévole 2021, nous aimerions vous partager notre dernier texte de réflexion. Comme le thème de la semaine est cette année « La valeur de chacun, la force du nombre », nous avons décidé de vous proposer un texte sur les valeurs du bénévolat (économique, idéaliste, humanitaire), et sur comment celles-ci peuvent parfois entrer en contradiction. Bonne lecture !

« Selon la trousse de campagne 2021 de Bénévoles Canada, la SAB célèbre cette année « les impressionnants actes de bonté accomplis par des millions de personnes, ainsi que la magie qui opère lorsque nous travaillons tous ensemble vers un but commun ». Pour Bénévoles Canada, les bénévoles réconfortentrenforcent les collectivitésinspirent la créativité, assurent notre sécurité, dirigent des mouvements et réparent les injustices comme celles causées par le racisme systémique. Ces faits montrent bien la valeur des bénévoles et des gestes qu’ils et elles posent pour d’autres et pour leurs communautés. La SAB est un moment pour rendre visibles ces actions souvent invisibles, et les célébrer. Mais est-ce suffisant?

Le bénévolat a été décrit par certaines chercheuses féministes comme un travail invisible, dont les logiques ressemblent à celles du travail du care des femmes au foyer. Face au travail salarié, le travail bénévole est ainsi dévalué, relégué à la sphère du non-travail, du non-professionnel, du non-productif et du non-économique. Pourtant, le bénévolat génère bel et bien une valeur financière. »

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Prochain midi-conférence: santé mentale et bénévolat

Toute l’équipe de Bénévolat en mouvement, le groupe de recherche interuniversitaire sur les pratiques de bénévolat, souhaite vous inviter à son prochain événement: un midi-conférence en ligne qui aura comme thème « santé mentale et bénévolat« 

Le bénévolat est bon pour la santé – tant physique que mentale – ceci est avéré depuis bien longtemps. Toutefois, certaines pratiques ou contextes peuvent faire en sorte d’engendrer de l’épuisement chez les bénévoles et leurs gestionnaires. Nous vous invitons à discuter de cet enjeu ensemble, afin d’explorer des pistes de solutions à ce phénomène, et ainsi rendre le bénévolat encore plus bénéfique!

L’événement a lieu sur Zoom en ligne. Le lien est donné après l’inscription. Inscription nécessaire : volunteeringonthemove@uqam.ca

Avec la participation de :

Lise Noël, M.A. intervention sociale UQAM, œuvre dans le domaine de l’intervention sociale et de la formation depuis plus de 40 ans. Elle a développé une expertise dans les champs des processus qui favorisent la prise de parole, la construction des identités, le développement de la capacité d’agir des personnes et des collectivités.

Ses expériences l’ont amenée à explorer différentes facettes de l’intervention : coaching professionnel, relation d’aide, organisation communautaire, formation, concertation et mobilisation.

Maryline Fournier, directrice générale du Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ) depuis 2017, celle-ci a également été bénévole dans différentes organisations avant de devenir superviseure d’équipes bénévoles puis directrice provinciale du Service des ressources bénévoles de la Croix-Rouge canadienne, organisme où elle occupe toujours la fonction de formatrice nationale pour la formation en gestion des ressources bénévoles

Les bénévoles peuvent-ils souffrir au travail ?

Au mois de mars 2021, nous organiserons un midi-conférence sur le thème bénévolat et santé mentale. Pour en quelque sorte introduire ce thème sensible, nous vous proposons ici de revenir sur un article classique en psychologie du travail qui s’intitule: « Travail, souffrance et subjectivité » de Christophe Dejours.

Pour Dejours, le travail sous le néolibéralisme, c’est-à-dire depuis les années 1980, est de plus en plus considéré comme une expérience de souffrance. La question pour nous est la suivante: les défis repérés par l’auteur peuvent-il s’appliquer au monde du bénévolat ?

Commençons par la définition du travail proposée par le psychologue. Pour l’auteur, le travail, c’est avant tout le fait de travailler: c’est des gestes, des savoir-faire, un engagement du corps, la capacité de réfléchir, de réagir à des situations, de sentir, de penser, d’inventer, etc. Le travail n’est pas qu’un rapport salarial, il ne se définit pas par le fait qu’on reçoit un salaire ou non, il se définit par le fait de « travailler », en d’autres mots, c’est un mode d’engagement du corps et de l’esprit. En ces termes, le bénévolat est sans contredit du travail. On peut donc inévitablement en souffrir.

Pour l’auteur, la souffrance au travail provient avant tout de la différence, ou du moins du décalage, entre travail prescrit et travail réel. Le travail prescrit est ce que nous devons faire sur papier, ce que le travail serait censé être. Le travail réel est ce que nous faisons réellement sur le lieu de travail. Or, le travail, comme le dit l’auteur, est ponctué d’événements inattendus, de pannes, d’anomalies, d’imprévus. C’est ce qui cause le décalage. Pour les bénévoles, cette tension entre travail prescrit et réel peut être importante. Pensons aux passionnés qui s’investissent pour une cause mais qui se retrouve dans des tâches subalternes. Cette étude récente est un bon exemple.

Deux autres causes importantes sont à la source de la montée de la souffrance au travail au 21e siècle pour l’auteur, deux causes associées étroitement au néolibéralisme. La première cause est le recours systématique à l’évaluation quantitative et objective du travail. Les nouveaux gestionnaires pensent parfois que toutes les tâches doivent être évaluées. Ces évaluations sont parfois vécues comme des moyens de domination. Dans le cas du bénévolat, ces tendances sont très certainement présentes avec la professionnalisation des pratiques bénévoles.

Un autre facteur est l’individualisation et l’appel à la concurrence généralisée entre travailleurs et travailleuses. L’évaluation individualisée des performance ou certains types d’engagement formalisés sont des pratiques mentionnées par l’auteur. On pourrait croire que cette tendance affecte moins le bénévolat qui est avant tout un don de soi libre. Or, nous savons que des organismes cherchent parfois à recruter avant tout des « bénévoles professionnels » qui sont déjà expert d’un certain domaine. L’exemple des supers bénévoles dans notre étude sur la Société canadienne du cancer en offre un exemple.

Bref, les réflexions de Dejours sont encore d’actualité pour penser la souffrance au travail des bénévoles aujourd’hui, des expériences qui peuvent mener vers le surmenage ou la dépression. Quand on pense à ces questions, il est d’abord et avant tout impératif de définir le bénévolat comme une façon de travailler, et non pas comme un don de soi dépourvu de contraintes ou de déceptions.

Référence complète:

Dejours, C. (2000). Travail, souffrance et subjectivité. Sociologie du travail, 2(42), 329-340.

[À voir] Résumés vidéos de nos deux midi-conférences.

Face à la pandémie, nous avons organisé deux midi-conférences en ligne au mois de novembre 2020, des événements qui ont remplacé notre traditionnelle journée d’étude. Ces conférences sont entièrement disponibles sur uqam.tv. La première conférence présente les résultats du projet de recherche mené de janvier à juillet 2019 auprès de la Société canadienne du Cancer, tandis que la deuxième analyse les résultats du projet de recherche intitulé «Cartographie du bénévolat». N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques !

Nous avons également effectué des résumés de dix minutes de ces événements qui sont disponibles sur note page Youtube. Cliquer ici pour la conférence sur la SCC et ici pour la cartographie.

Cahier thématique: Réflexions sur la professionnalisation du bénévolat.

À partir des données récoltées lors de notre projet de recherche « Bénévolat en mouvement », et plus spécifiquement de nos recherches sur la Société canadienne du cancer et sur la cartographie des pratiques bénévoles à Montréal, nous avons produit un dossier thématique sur le thème de la professionnalisation du bénévolat.

Cliquer ici pour lire ce dossier sur la plateforme de Mailchimp ! Et abonnez-vous à notre infolettre, en écrivant au volunteeringonthemove@uqam.ca, pour recevoir les cahiers futurs !

La professionnalisation du bénévolat, source ou perte de sens ?

Nos recherches démontrent que plusieurs bénévoles ou gestionnaires de bénévoles considèrent leurs activités comme une pratique professionnelle. Comme l’indique notre rapport de recherche sur la Société canadienne du cancer, cette tendance à la professionnalisation du bénévolat comporte bien sûr des avantages, comme améliorer l’efficacité des bénévoles, mais aussi des risques, par exemple une pression accrue sur la santé mentale de ceux-ci. Or une récente étude française, nommée La professionnalisation des associations, source ou perte de sens pour l’action bénévole ? Étude du cas Surfrider Foundation Europe apporte justement un éclairage nouveau sur la question.

L’article écrit par les chercheurs David Ospital et Cendrine Templier et publié en 2018 explique les résultats d’une étude de cas qui est l’archétype de « la problématique des associations soucieuses de préserver le sens de l’action bénévole ». Pour ceux-ci, la professionnalisation provient de trois processus qui ont un impact de plus en plus grand sur l’action bénévole : l’institutionnalisation, la professionnalisation au sens strict du terme, et la « logique gestionnaire ». Le premier processus subordonne le bénévolat aux institutions, le deuxième découpe les tâches, clarifie les rôles et hiérarchise les statuts et le troisième développe une logique de performance.

Pour étudier ces processus à l’œuvre, les chercheurs ont étudié le cas de la Surfrider Foundation Europe une organisation associative créée en 1990 qui pour but la « protection de l’océan » et de « l’environnement littoral » au travers des usagers. Ceux-ci ont essentiellement utilisé trois sources de données : 34 entretiens semi-directifs, 15 types de rapports ou documents internes et 300 courriels et notes internes de nature confidentielle.

Pour les auteurs, la professionnalisation du bénévolat de la Surfrider Foundation Europe représente à la fois une perte et une source de sens pour l’action bénévole. Premièrement une perte de sens car les changements axés sur l’efficacité et la coordination ont été perçus par les bénévoles comme « une perte de lien social et d’identité » dans leur action militante, ainsi qu’un affaiblissement de « la construction collective de sens » et pour finir « un risque d’instrumentalisation » de leur engagement à des fins marchandes. Cependant le changement de nature de la mission a aussi donné un sens à certains bénévoles, notamment dans la clarification des rôles ou dans l’élévation du niveau de compétence des bénévoles.

Pour finir, les auteurs proposent quelques recommandations aux associations souhaitant de professionnaliser, notamment « clarifier le rôle de tous les acteurs dans le projet associatif professionnalisé », « Développer des projets cohérents avec la vocation militante des bénévoles et en faciliter l’action », ou encore « respecter la vocation première de l’association et ses principes fondateurs ».

Bibliographie

Ospital, D. & Templier, C. (2018). La professionnalisation des associations, source ou perte de sens pour l’action bénévole ? Étude du cas Surfrider Foundation Europe. RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, 32(3), 3-25

Burnout et bénévolat : l’importance de satisfaire les motivations des bénévoles

Bien que le bénévolat soit défini comme le fait de donner librement du temps pour une cause ou une organisation, plusieurs études démontrent que de plus en plus de bénévoles subiraient des symptômes d’épuisement professionnel, une maladie normalement beaucoup plus présente dans le secteur du travail salarié. Une nouvelle étude nommée « Volunteerism and Burnout: Does Satisfaction of Motives for Volunteering Protect Against Symptoms? » fait un pas de plus dans la compréhension de ce nouveau phénomène en étudiant en quoi le lien entre les motivations des gens à faire du bénévolat et la mesure dans laquelle ces motivations sont satisfaites peut prédire l’épuisement professionnel.

Selon une certaine littérature scientifique de nature fonctionnaliste, la concordance entre les motifs que le bénévole considère comme importants et les possibilités organisationnelles pour satisfaire ces motifs est un indicateur de la persévérance et de la satisfaction du bénévole dans un rôle ou une organisation particulière, quelle que soit la nature de la motivation. En effet, les bénévoles sont plus satisfaits et plus susceptibles de continuer à faire du bénévolat lorsqu’ils sont en mesure d’atteindre les objectifs les plus importants pour eux, que ces objectifs soient de nature sociale (rencontrer des gens), de valeurs (s’impliquer dans une grande cause), éducative (apprendre des nouvelles choses) ou carriériste (améliorer son c.v.).

Le bénévolat peut donc être très satisfaisant et épanouissant, mais les bénévoles peuvent également rencontrer des défis qui mènent à des résultats négatifs et une non-atteinte de leurs objectifs. Le manque de structure d’une organisation peut être une cause entraînant une expérience négative, tout comme le fait de donner des descriptions de tâches trop floues ou des procédures trop informelles. L’épuisement professionnel pour le bénévole peut par conséquent survenir dans n’importe quel rôle et dans n’importe quel contexte lorsque les sentiments de frustration, d’épuisement et d’insatisfaction dépassent les avantages tirés de l’implication.

Pour tester leur hypothèse les chercheurs ont fourni un sondage à plus de 800 bénévoles américains. Les résultats démontrent que les bénévoles qui ont déclaré s’impliquer pour des motifs de bénévolat liés à une valeur élevée ont signalé beaucoup moins de symptômes d’épuisement professionnel que les bénévoles qui ont déclaré des motifs de faible valeur. Cela veut dire que les bénévoles qui atteignent leurs objectifs de motivation à l’intérieur de leur implication sont moins susceptibles de développer des symptômes d’épuisement professionnel. Les organisations doivent donc être très attentives aux causes qui poussent leurs bénévoles à s’impliquer, et elles doivent faire tout en leur possible pour tenter de donner satisfaction à ces causes.

Référence complète :                 

Morse, J. L., Dik, B. J., Shimizu, A. B., & Reed, K. A. (2020). Volunteerism and Burnout: Does Satisfaction of Motives for Volunteering Protect Against Symptoms?. VOLUNTAS: International Journal of Voluntary and Nonprofit Organizations, 1-13.

Les leçons de l’action bénévole face à l’austérité budgétaire

Les mesures d’austérité budgétaire prises par la plupart des gouvernements occidentaux dans les dernières années ont changé l’engagement bénévole. Ce contexte crée des formes d’engagement dans lesquelles l’action de compassion et le don de soi sont mélangés à la résilience sociale et à la critique basée sur des processus d’autonomisation collective. C’est du moins ce qu’affirme Pierre Monforte dans son article « From compassion to critical resilience: Volunteering in the context of austerity« .

L’article de Monforte explore donc l’impact du contexte d’austérité sur les individus qui s’engagent bénévolement dans le domaine de la réduction de la pauvreté et du combat contre les inégalités. Celui-ci analyse cette question à travers 49 entretiens approfondis avec des bénévoles et des représentants d’organisations caritatives dans cinq organisations différentes à Leicester en Angleterre, une ville qui contient un haut niveau de pauvreté.

Son argument général est que les bénévoles construisent une culture de coopération, d’inclusion et de « gentillesse » (kindness) à travers laquelle ils effectuent des processus d’autonomisation collective (empowerment processes) qui sont conçus comme une réaction contre les politiques d’austérité (et le néolibéralisme en général). Dans cette perspective, le bénévolat est une réaction collective contre leur propre expérience des conséquences de la précarité dans le contexte d’austérité. L’engagement n’est alors pas qu’une forme de compassion, mais aussi un processus constant d’autonomisation collective (empowerment). L’empowerment étant défini comme le fait de donner plus de capacité d’agir à des individus ou à des groupes pour agir sur leurs conditions sociales, économiques ou politiques.

Par contre, si beaucoup de bénévoles considèrent leur engagement comme lié à une critique plus large de la politique d’austérité des gouvernements, certains approuvent parfois les discours dominants qui «blâment les pauvres» pour leurs souffrances. Les discours des bénévoles peuvent donc parfois se situer entre-deux (in between) : entre la critique de l’austérité et la critique de la capacité d’agir par eux-mêmes des plus marginalisés. Ainsi, si certains bénévoles montrent leur valeur à travers leur propre capacité d’agir, ils approuvent et reproduisent cependant les frontières symboliques avec ceux qu’ils perçoivent comme dépendants de leur soutien.

Les bénévoles, acteurs de la résilience face aux catastrophes humanitaires

Le bénévolat sera de plus en plus essentiel pour faire face aux désastres écologiques et aux catastrophes humanitaires. Il est toutefois possible pour les gestionnaires de moderniser leurs stratégies pour s’adapter aux nouvelles pratiques bénévoles. Parmi celles-ci: développer des stratégies plus flexibles de recrutement et stimuler le bénévolat en ligne. C’est du moins ce qu’écrivent les chercheurs Blythe McLennan, Joshua Whittaker et John Handmer dans leur article The changing landscape of disaster volunteering: opportunities, responses and gaps in Australia, publié en 2016.

En effet, pour les auteurs, il est clair que les bénévoles auront un rôle plus important dans la réduction des risques de catastrophe et la gestion des désastres dans un avenir rapproché. Les gouvernements devront donc savoir comment les mobiliser. Or, les stratégies de ceux-ci visent encore à mobiliser le bénévole traditionnel qui s’implique à long terme, et non pas les nouveaux bénévoles qui sont plus flexibles et s’impliquent plus épisodiquement. Il est donc plus qu’urgent pour les gouvernements de moderniser leur stratégie de recrutement des bénévoles humanitaires, et également de s’adapter aux nouvelles technologues numériques.

Pour faire face à ces défis, les auteurs identifient donc cinq défis principaux. Le premier est d’élaborer et de mettre en œuvre des modèles de bénévolat plus flexibles. Il faudrait offrir des parcours de bénévolat plus diversifiés et des engagements à court terme, et tenir compte des différentes façons dont les gens s’engagent dans le bénévolat au cours de leur vie (bénévolat épisodique).

Ensuite, il faut encourager la contribution des bénévoles spontanés. Cela veut dire d’enregistrer et de jumeler des bénévoles potentiels aux besoins des organisations gouvernementales, non gouvernementales et communautaires qui aident les communautés touchées dans la période qui suit immédiatement une catastrophe. Le troisième facteur est de renforcer les capacités pour mobiliser des bénévoles numériques. Dans un contexte de catastrophe, les bénévoles numériques peuvent créer et utiliser des espaces virtuels comme plates-formes pour coordonner les réponses informelles qui peuvent être intégrées au système formel de gestion des urgences.

La quatrième option est d’encourager le bénévolat axé sur les compétences. Il faut se connecter au mouvement émergent de l’entrepreneuriat social et au désir des jeunes ainsi que des retraités d’utiliser leurs compétences professionnelles dans des rôles de bénévolat plus épisodiques et basés sur des projets.

Et pour finir, il faut « coproduire » une réduction communautaire des risques de catastrophe. La coproduction étant définie comme une forme de participation des citoyens à l’élaboration des politiques, dans laquelle les citoyens sont directement impliqués dans la phase d’exécution des politiques publiques par la conception et la fourniture de services publics.

Comment organiser des bénévoles en ligne en cas de crise : le cas de la Grèce post-2008.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les réseaux sociaux ont changé la façon dont les bénévoles peuvent répondre aux crises humanitaires. Ces outils permettent aux individus non seulement de s’organiser, mais aussi de créer des organisations complexes, polymorphes et multidimensionnelles. Bien que la nature de ces organisations soit difficile à situer dans un espace d’action collective plus large, elles jouent un rôle de plus en plus important dans nos sociétés. Les chercheurs Yannis Theocharis, Silia Vitoratou, Javier Sajuria ont tenté de cerner ces changements dans l’article Civil Society in times of Crisis: Understanding Collective Action Dynamics in Digitally-Enabled Volunteer Networks, publié en 2017.

Pour les auteurs, les médias sociaux numériques peuvent jouer un rôle en temps de crise en permettant aux gens de s’engager bénévolement dans la résolution de problèmes par exemple dans la fourniture de biens ou de services publics en cas de retrait de l’État ou d’institutions publiques non réactives. Pour examiner l’impact des médias numériques sur la dynamique de l’action collective, les chercheurs utilisent l’exemple de l’initiative de solidarité #tutorpool, qui a vu le jour en Grèce pendant l’une des périodes les plus turbulentes de son histoire moderne, c’est-à-dire après la crise économique de 2007-2008.

#tutorpool est l’une des nombreuses initiatives de solidarité qui ont vu le jour en Grèce après la crise financière. Selon ses créateurs, #tutorpool a commencé sur Twitter en décembre 2011, par un tweet soulignant que de nombreuses familles grecques ne pouvaient plus se permettre de payer les frais de scolarité des tutoriels de l’école de leurs enfants, en raison des politiques d’austérité. Les utilisateurs du hashtag ont incité avec succès des diplômés à offrir des cours gratuits aux étudiants de familles vulnérables et à chercher d’autres personnes dans leur quartier désireuses de faire de même. Au cours des 3 années qui ont suivi, plus de 1500 tuteurs ont participé à #tutorpool, hors ligne dans les quartiers ou via Skype, assurant un service public précieux et inspirant.

Les auteurs distinguent trois phases dans l’évolution de l’initiative grecque. La première est l’émergence par l’action connective. Une action a émergé par les interactions et la connexion en ligne de plusieurs personnes. La deuxième phase est l’institutionnalisation et le recrutement. La création d’un site Web sur lequel les tuteurs potentiels pouvaient s’inscrire, la création d’une base de données de bénévoles et de familles dans différents endroits et, surtout, la création d’un code de conduite strict accessible au public marquent une transition vers l’institutionnalisation de l’action. La troisième phase est le développement communautaire. C’est le fait de rejoindre la population et d’entretenir ce lien.

Les auteurs concluent que Twitter peut fournir un espace dans lequel des individus sans connaissance préalable les uns des autres peuvent établir des liens de communication pour l’organisation et la coordination durables de l’action bénévole. Les réseaux sociaux numériques peuvent rassembler des individus décentralisés et potentiellement disparates autour d’une cause commune.